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Questions sur la Méditerranée. Mansour Mhenni répond…


Ndr : « Questions à… », notre nouvelle rubrique, conduite par Badreddine Ben Henda, continue d’interroger des personnalités attitrées sur des questions qui nous concernent. Une façon d’inviter à approfondir la réflexion sur ces questions. La première série est consacrée à la Méditerranée et, après Pr. Alia Bornaz Baccar et Pr. M’hamed Hassine Fantar, c’est Pr. Mansour M’henni qui y répond .

Interview du Professeur Mansour M’henni, fondateur, ex-Président, et actuel Président d’honneur de l’Association pour la Culture et les Arts Méditerranéens, et auteur de La Raison de méditerranéité. Il passe ainsi pour un vrai initiateur du concept de « méditerranéité », dont le sort reste encore incertain.

Question I – L’avènement du Printemps arabe a nourri bien des espoirs, notamment en Tunisie, à propos de nouvelles relations entre les deux rives de la Méditerranée. Malheureusement, ces espoirs semblent être cruellement déçus aujourd’hui. Qu’en dites-vous ?

Réponse I – Dans la fougue du « printemps arabe » et pendant que des manifestations se répartissaient autour de la Méditerranée, contaminant jusqu’à l’Angleterre et l’Amérique, je me souviens avoir écrit pour me demander s’il était possible de parler de printemps méditerranéen. Malheureusement, il n’y a eu ni printemps arabe ni printemps méditerranéen. Même ce que d’aucuns considèrent comme un printemps tunisien reste encore soumis à plusieurs aléas.

Si l’on veut circonscrire la question dans les relations entre les deux rives de la Méditerranée, force est de croire que ces relations n’ont rien de nouveau. Elles sont toujours commandées par la même logique du pouvoir et de l’intérêt, quels que soient les propos mielleux qu’on s’échange et la rhétorique qu’on y met.

Question II – Une frustration aussi lancinante est-elle de nature à altérer votre engagement en faveur de la Méditerranée et de la méditerranéité, et à décourager tous ceux qui partagent votre rêve ?

Réponse II – La frustration brime l’élan, chez certains, peut-être ; mais pour le Sisyphe moderne que je crois être, sûrement comme tant d’autres, peut-être même la majorité des autres, cette frustration est toujours un nouveau catalyseur nourrissant la circulation de nouvelles sèves et la naissance de nouveaux rêves, stimulant ainsi l’action vers l’idéal jamais perdu de vue.

La Méditerranée est pour moi un cadre dans lequel un potentiel d’humanité est à construire ou à reconstruire, « une réalité en devenir » qu’il est urgent d’aider à advenir.  Pour ce faire, l’esprit de modernité nécessite un concept nouveau, même s’il puise ses sources (peut-il ne pas le faire ?) dans les acquis du passé. Ce concept a pour moi le nom de « Méditerranéité ». Je dis bien un concept, et je l’ai défini dans mon livre, La Raison de méditerranéité. Il se fonde d’abord sur le passage conscient et intériorisé d’un simple « être au monde méditerranéen », ainsi nommé par Michel Brondino, à ce que j’ai appelé « un être méditerranéen au monde ».

Dès lors, à mon sens, se reconnaître de la méditerranéité, ce n’est pas seulement être du littoral de la « Mer Blanche Médiane »; c’est surtout avoir un comportement, une mentalité, un art de vivre, une pensée, tous fondés sur cette appartenance solidaire et ce fonds humain commun identifiant la citoyenneté de la méditerranéité et prenant racines dans les cultures croisées et dans l’histoire profonde de la région ».

Il importe de préciser, cependant, qu’en cultivant l’esprit d’identité méditerranéenne et de citoyenneté méditerranéenne, le concept de méditerranéité ne contredit nullement l’inscription dans l’universel humain tout comme il n’occulte pas l’identité spécifique de l’appartenance territoriale ; il se présente plutôt comme une vision cohérente et coordonnée que les peuples du bassin sont appelés à partager pour engager la communauté de leur destin, à la jonction et à l’interaction surtout du couple identité territoriale et universalité : un vrai pont entre les deux.

Question III – La nouvelle équipe dirigeante en Tunisie ne paraît pas trop croire en l’apport effectif des puissances nord-méditerranéennes dans le redressement économique de notre pays. Est-ce la bonne option, selon vous ?

R III – Illusion. Pour longtemps encore, nous ne pourrons pas nous passer de nos transactions avec la rive nord de la Méditerranée et ce n’est pas moi, le chantre du concept de la méditerranéité, qui encouragerait une telle tendance, objectivement absurde. Je crois que les dirigeants actuels de la Tunisie ont assez de bon sens pour le comprendre et ils agissent en conséquence, malgré qu’il en ait.

Toutefois, il serait bon de multiplier et de varier nos liens de coopération et nos échanges. Pour ce faire, plusieurs conditions sont requises et plusieurs démarches sont à mettre en place. D’abord ramener le débat public à plus de sérénité et de rationalité en évitant les faux dialogues, qui finissent souvent en dialogues de sourds, et en instaurant un vrai climat conversationnel où l’échange est paritaire et horizontal et où l’écoute – la vraie – est fondamentale des deux côtés de l’échange. Puis, penser une diplomatie cohérente et réaliste, je dis bien la penser en tant que philosophie, comme c’était le cas avec Bourguiba, et accepter l’idée que n’est pas diplomate ou gestionnaire de la diplomatie n’importe qui que l’on coopte dans l’esprit d’une majorité ou d’une représentativité politique. Enfin, faire de la diplomatie une culture trans-sectorielle et une politique ciblée en fonction des priorités nationales, dans le respect de la légitimité et de la non-ingérence internationales.

Aujourd’hui, nos priorités sont économiques et ce que vous appelez «l’apport effectif des puissances nord-méditerranéennes dans le redressement économique de notre pays », n’est jamais sans condition. Il est toujours négociable et maintenant, cette négociation est d’ordre civilisationnel. Plus nous montrons des signes d’engagement en faveur de la modernité, de l’ouverture et de la démocratie, plus on nous soutiendra, à la fois pour cela et pour le potentiel d’investissement que nous créons en conséquence.

Evidemment, il y a d’autres pays qui nous aideraient bien si nous acceptions d’œuvrer pour le projet civilisationnel inverse. Cela ne devrait pas nous tenter. C’est là qu’il faut être fin stratège, dans l’esprit de la philosophie de base de notre diplomatie.

(Rubrique conduite par Badreddine Ben Henda)


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