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Taoufik Aloui

Questions sur… la fraude aux examens : Pr. Taoufik Aloui répond


Taoufik Aloui est Professeur d’enseignement supérieur en linguistique arabe ; il est aussi directeur actuel de l’Institut Supérieur de Sciences Humaines de Tunis à l’Université Tunis El Manar.

1- Sous nos latitudes, le phénomène de la fraude aux examens s’amplifie depuis un certain nombre d’années. Comment vous l’expliquez-vous, en votre qualité de Professeur du Supérieur, de pédagogue et d’éducateur expérimenté et en tant que directeur d’un important établissement universitaire?

** Je crois que l’amplification de ce phénomène aux examens, constatée depuis quelques années, est un résultat naturel et prévisible eu égard à différents facteurs dont je peux citer les plus sérieux.

Le premier est d’ordre social et culturel : une manie étrange encourage les gens de tous bords à vouloir atteindre leurs objectifs sans fournir les efforts nécessaires. Dans le domaine de l’enseignement, ce réflexe de privilégier les solutions de facilités, dont la fraude, ôte à nos diplômes toute crédibilité. Pour moi, la fraude aux examens est aussi gravissime que le blanchiment d’argent qui détruit l’économie nationale ; leur point commun étant la situation désastreuse à laquelle ils mènent.

Le deuxième facteur est scientifique et pédagogique et concerne les étudiants qui ne préparent pas leurs examens par négligence et manque d’assiduité aux cours ; mais aussi à cause des conditions sociales et matérielles de certains étudiants obligés d’exercer un métier pour assurer les conditions de vie minimales!

La troisième raison est liée à l’organisation des examens et aux conditions parfois déplorables dans lesquelles se déroulent les séances de surveillance, lesquelles conditions incitent à la triche et tentent même les candidats qui n’envisageaient pas d’y recourir.

2- A votre avis, sommes-nous devant un fléau occasionnel ou bien en face d’une crise profonde et complexe longue à surmonter ?

** Je crois que nous sommes, non pas devant un fléau occasionnel, mais en face d’une crise profonde liée, entre autres, à la crise dans laquelle se débat l’Enseignement supérieur depuis de longues années maintenant ; sans oublier que la prolifération des produits de la technologie moderne et des moyens logistiques les plus sophistiqués sont exploités à contre-emploi de manière à aggraver notre crise du système éducatif et à favoriser les pratiques frauduleuses.

3- Le dialogue national engagé récemment sur la réforme du système éducatif autorise-t-il l’espoir quant à l’éradication de ce mal, selon vous ?

** Non, je ne crois pas que le dialogue national engagé récemment sur la réforme du système éducatif autorise l’espoir quant à l’éradication de ce mal, car la fraude tend à devenir un réflexe comportemental s’inscrivant dans une culture de la paresse, de plus en plus enracinée dans les esprits, et de ce fait, difficile à éradiquer. Cependant et malgré ce jugement plutôt pessimiste, je vois qu’un dialogue franc, profond, régulier et continu entre les universitaires et leurs étudiants est susceptible de relativiser les dégâts du fléau, et de réduire les risques d’une plus large extension du phénomène.

Je dirai même qu’il faut créer une  » cellule de fraude  » dans chaque établissement universitaire dont le rôle serait éducatif, plutôt que punitif, et qui se composerait d’experts en sociologie, en psychologie, en conseil juridique, en pédagogie etc. Il va sans dire que le corps enseignant, les responsables administratifs et les étudiants y seront impérativement représentés.

Je propose aussi une journée scientifique et pédagogique semestrielle organisée surtout par les étudiants en collaboration avec la cellule proposée pour engager un vrai débat continu entre la famille universitaire autour de la fraude sous toutes les formes qu’elle prend au sein des établissements scolaires et universitaires, et ce dans l’espoir de trouver les solutions à même d’atténuer les effets ravageurs de ce phénomène regrettable.

Je n’hésite pas non plus à suggérer la programmation de quelques cours liés à l’éthique universitaire – à inscrire dans les modules optionnels ou transversaux – afin de sensibiliser les étudiants à la gravité du fléau et de leur offrir davantage d’opportunités pour contribuer à en limiter les dégâts.

Entretien conduit par Badreddine BEN HENDA


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