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Parution : Fractales, un nouveau roman de Marc Gontard. A ne pas rater!


Pour les spécialistes de littérature, Marc Gontard est surtout connu par ses écrits critiques et académiques : une brillante thèse sur Victor Segalen, la première analyse structurale publiée de la littérature maghrébine de langue française, portant sur Nedjma de Kateb Yacine, plusieurs autres écrits sur la littérature bretonne (car Marc est un Breton de souche), ainsi que des études fines sur l’altérité, la postmodernité et la fragmentation. Huit livres au moins, sans compter les très nombreux articles. Après une expérience mouvementée à la tête de l’Université de Rennes, M. Gontard est à présent Professeur émérite des universités, évaluateur et expert international en matière d’enseignement et de recherche.

Par humilité sans doute (une de ses principales qualités), il est resté discret sur ses textes de création pourtant marqués par un souffle iconoclaste qui leur confère une modernité certaine : un roman, De sable et de sang (1981) ; une nouvelle, Territoires de l’obscur (1993), et un poème, Ywona (1996).

Mais en ce début de 2017, Marc Gontard publie chez l’Harmattan (où il a été longtemps directeur littéraire) le roman Fractales (160 pages) qui se situe au centre et à la croisée des problématiques littéraires et politiques du monde actuel.

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Roman, ai-je dit ? Mais la première phrase du livre est la suivante : « Je n’écrirai jamais de roman », une affirmation qui contraste avec l’interrogation de la quatrième de couverture : « Comment écrire après la tuerie du Bataclan, alors que nous nous enfonçons chaque jour un peu plus dans un conflit archaïque qui oppose croyance et raison et qui ajoute au chaos contemporain sa dimension fractale ? » C’est bien la question fondamentale, celle-là qui porte sur tous les aspects du problème ou de la situation, sans une grande certitude de réponse concluante : sur l’événement, sur le récit, sur l’écriture, sur l’être.

J’avoue avoir avalé ce roman d’un trait, comme si je dévalais une pente avec un sentiment d’ascension, très vite pris au jeu d’une écriture modulant la tension attractive et répulsive du fragmentaire et du fragmental. Un suspens s’établit alors, qui n’est pas étroitement lié à la curiosité événementielle, mais à la façon dont la structure se dessine à travers la mouvance de la fragmentation et le flou de l’hésitation. Et l’on finit par se rendre compte de l’ingénieuse stratégie qui fait de la déconstruction l’essence même de la construction et de la fugacité des données structurantes le mécanisme essentiel de la structuration.

En gage de cette cohérence, la brièveté, l’asyndète, l’ellipse, et autres procédés sont libérés de tout artifice rhétorique pour s’inscrire dans l’interrogation philosophique du triangle de la pensée, de la poétique et de la réalité. Ainsi, à la fin du roman, le lecteur n’est plus certain de ses déductions ni de sa reconstruction des structures en place, y compris celle de l’histoire qu’on lui aurait racontée. Et le narrateur (l’auteur), en cherchant à allumer les amers, finit par plonger et tout noyer dans leurs reflets en eau trouble : « Voilà l’histoire. C’est comme dans un rêve où le principe de condensation regroupe des séquences fragmentaires de la conscience pour en faire un récit qui invente sa propre cohérence. Oui, c’est à peu près ça, un rêve ! sauf qu’il est peut-être réel… ». Il importe aussi de compter avec « l’autre dispositif du rêve, le déplacement » qui fait que « cette histoire parle forcément d’autre chose » que ce dont elle donne l’air. De ce fait, d’une histoire de « belle passante », le narrateur-auteur « en arrive à [se] poser des questions sur [soi-même] », se retrouvant finalement dans les mêmes questions qui interpellent le lecteur.

C’est là que je comprends la dernière phrase de la dédicace dont l’auteur m’a gratifié : « La composition du roman est un hommage à la brachylogie ! ». Effectivement, tout y est : la poétique de la brièveté comme une manière d’être et de penser dans l’esprit conversationnel et dans la relativisation de la vérité. J’ose croire et défendre que c’est par cette voie que peut percer la plante de la démocratie, d’abord comme une éthique pour pouvoir se penser après comme une politique.

Mansour M’henni

NdR.: Article paru d’abord sur tunivisions.net, avec un autre titre.


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