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Nizar Bahloul commente l’affaire Ben Gharbia: il manquait la justice


De nouveau, un journaliste se trouve en prison. Révolution ou pas, les médias demeurent encore et toujours la cible des hommes politiques. A la moindre faille, le couperet tombe sur notre gorge. Et dans l’affaire de Moez Ben Gharbia, des failles, il y en avait. Sous Ben Ali, les choses étaient claires et on connaissait les lignes rouges à ne pas dépasser. Sous Moncef Marzouki, il y avait du cynisme mélangé à la bêtise dans la chasse menée contre les journalistes. Zied El Héni et Slim Bagga qui ont passé de courts séjours en LPD à Mornaguia ou Zouheir El Jiss et moi-même en savons quelque chose. Sous Béji Caïd Essebsi, les choses diffèrent. Tu es journaliste, ok, on te respecte. Mais dès que tu te trompes, on est là pour t’accueillir.
L’amitié qui me lie à Moez Ben Gharbia ne devrait pas m’empêcher d’être objectif et de dire que le plus populaire des animateurs tunisiens a failli. Il a bien failli et a multiplié les fautes (et non les erreurs) en trainant avec lui l’humoriste Migalo, le producteur Abdelhaq Toumi et l’animateur Amine Gara. Oui, Moez a failli et nous nous devons, nous autres ses amis, de l’avouer pour pouvoir le défendre.

 

Moez Ben Gharbia prépare le lancement de sa chaîne « Attassiâa » dont le démarrage est (était ?) prévu le mois prochain. Parmi les émissions du démarrage, il en a prévu une dénonçant la corruption et le racket de certains ministres de la troïka. Il avait un « tuyau » comme on dit dans notre jargon et il voulait obtenir les preuves. Il savait qu’un ancien ministre (du CPR) a racketté (via Samir El Wafi) un homme d’affaires proche de l’ancien régime. L’homme d’affaires en question s’appelle Hamadi Touil et ce dernier a bien indiqué, à plus d’une personne, le racket qu’il a subi. Moez Ben Gharbia savait et ça le rageait de ne pouvoir rien dire, faute de preuves tangibles. Il savait depuis des années et ça le rageait que la justice ne fasse rien pour mettre fin au manège de ces anciens ministres de la troïka qui ont multiplié le business indécent et le racket des proches du régime de Ben Ali. Il savait comme beaucoup d’entre nous et on ne pouvait rien dire ou faire, car la justice refusait d’agir. Des noms ? Nous en avons beaucoup. Des preuves, nous n’en avons aucune. Quand bien même nous en aurions, la justice n’a pas vraiment bougé face à ces anciens ministres. Le cas de Sihem Badi et Abdelmonem Daïmi reste dans les annales, tout comme celui de Rafik Abdessalem.

 

Première erreur de Moez Ben Gharbia, il s’est mis dans la peau du justicier oubliant que là n’est pas le rôle du journaliste. Il était, à vrai dire, plus ou moins motivé par une bataille personnelle contre Samir El Wafi et il cherchait à prouver, coûte que coûte, que ce dernier est impliqué dans les transactions de racket entre les hommes d’affaires proches de Ben Ali et certains ministres de la troïka. C’est là la deuxième erreur de Moez, un journaliste ne doit pas et n’a pas à régler des comptes en usant de sa profession.
Moez Ben Gharbia appelle Hamadi Touil et lui dit que le président de la République va l’appeler pour lui signifier qu’il peut rentrer en Tunisie après un exil de quatre ans. L’humoriste prend le relais et imite à merveille Béji Caïd Essebsi. Il y a quelque chose qui cloche cependant, car le faux président de la République demande à M. Touil de lui rendre un service. Et le service en question consiste à lui fournir la preuve de l’implication de l’animateur (et derrière lui l’ancien ministre) dans l’affaire du racket. Cette demande étrange met la puce à l’oreille de Hamadi Touil, car il sait qu’un président de la République digne de ce nom ne peut pas tomber à ce niveau. C’était la troisième erreur de Moez qui, dans cette partie de l’histoire, commet une faute gravissime. Il a fait tout « un scénario » pour faire croire à Hamadi Touil qu’il pouvait rentrer en Tunisie en toute tranquillité. Supposons qu’il lui ait remis la preuve impliquant l’animateur et l’ancien ministre et qu’il soit rentré ensuite. Que serait-il devenu ? Comme Slim Chiboub, il aurait été arrêté à son atterrissage à la différence que M. Touil a de gros ennuis de santé et qu’il aurait pu y passer et que M. Touil clame son innocence. S’il n’est pas venu, c’est qu’il ne fait pas confiance à la justice. Quelle aurait été la position de Moez Ben Gharbia quand il y aurait eu mort d’homme ?
Tout cela pour faire tomber un animateur supposé corrompu et un ancien ministre supposé racketteur ? Si c’est pour faire le travail de la justice, Moez s’est trompé car il n’est pas et n’a pas à être un justicier. Même si l’on peut considérer que c’est louable de piéger une personne recherchée pour la ramener en Tunisie, ce n’est pas son travail ! Et si c’est pour le scoop, il s’est trompé davantage, car Moez n’a pas respecté la déontologie. Pire, que va penser de lui l’opinion publique, lui qui bénéficie d’une très grande popularité et d’une crédibilité certaine ?

 

La vérité est que tout cela ne serait pas arrivé si la justice avait fait son travail. Or comment la justice pourrait faire son travail et comment le procureur pourrait réagir s’il n’y a pas de plainte ni de preuves ? Si l’on a que des présomptions et que des informations circulant de bouche à oreille sans témoignages et sans documents ?
Aujourd’hui, la justice et les moyens mis à sa disposition sont tellement faibles que plusieurs se croient au dessus des lois et bénéficient d’une impunité à durée indéterminée. La corruption est telle que des mafias constituées s’y adonnent de la manière la plus naturelle. Conséquence de cette gangrène de la corruption et de cette justice en manque de moyens et de compétences, les gens cherchent à faire justice eux-mêmes. Les journalistes se métamorphosent en justiciers pour essayer de sauver ce qu’il y a à sauver. Dans son action contre ce racket, on retrouve le Moez qui a dévoilé l’affaire du Chocotom ou celui qui a fait limoger (sous Ben Ali) le maire de la Capitale et un omda.

 

L’objectif de Moez Ben Gharbia était noble, il voulait faire éclater la vérité que l’instance de la vérité ne veut pas voir. Mal lui en a pris, le pays n’est pas encore prêt à voir ses journalistes jouer aux justiciers à la place des justiciers nommés à cet effet.
Moez Ben Gharbia a fauté, mais vu son objectif, il est pardonnable. Aux yeux de ses amis et de ses proches au moins. Il est en prison, alors que d’autres personnes devraient être à sa place. Morale de toute cette mésaventure : la fin ne justifie pas les moyens. Moez sera libre dans quelques jours et il restera grand à nos yeux. Quant aux autres, ils ne perdent rien pour attendre, tôt ou tard, ils seront rattrapés par la véritable justice. On l’espère du moins.

Chronique publiée sur Businessnews.com.tn

 


Un commentaire

  1. Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout ! Elsa Mondriet / june.fr

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