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tahar cheriaa

Manifestation à Ezzahra pour raviver la mémoire de Tahar Chériaa…


J’avoue avoir un faible de fidélité à la mémoire des gens partis avec le sens du devoir accompli, ceux-là qui ont le sens de l’action volontaire pour le bien commun, dans quelque domaine qu’ils aient agi, surtout dans les secteurs civil, culturel et éducatif. C’est pourquoi je me sens en devoir de reconnaissance à tous ceux qui, en rendant hommage à ces figures emblématiques du patriotisme et de l’altruisme, cherchent à initier des actions utiles pour les hommes et pour les sociétés.

De ce point de vue, plus connu comme le fondateur des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) mais en fait avec un répertoire très riche en apports nationaux et internationaux, Feu Tahar Chériaa est incontestablement une de ces figures inoubliables qui n’ont pas, après leur décès, une reconnaissance à la hauteur de leurs réalisations. Surtout auprès de ceux qui le devraient le plus !

Heureusement, mieux vaut tard que jamais, des acteurs culturels se mettent à secouer la mémoire et à orienter un peu de sa lumière vers l’avenir. Tel est le cas de l’association des jeunes cadres d’Ezzahra qui, forte du dynamisme de ses membres, surtout celui de son président Itèbe Rebaï, fraîchement rentré de Paris, organise samedi 23 novembre 2019, dans l’espace culturel de la Mairie d’Ezzahra, une rencontre dédiée à la mémoire de Tahar Chériaa : témoignages, films et exposition.

Ne pouvant répondre à l’invitation des organisateurs, pour une contrainte majeure, je fourni ce témoignage qui m’a été demandé par le président du ciné-club Tahar Chériaa à Sfax, pour une documentation sur l’ancien président de la FTCC sur un blog spécifique.

 

Raviver la mémoire de Tahar Chériaa…

 

Il est des moments d’intense méditation parce que d’intense douleur, ces moments où la mort vient rappeler que la grandeur est éphémère et de petite satisfaction devant la majesté d’une action et la beauté d’une réalisation. La nouvelle de la mort de Tahar Chériâa a été pour moi de cette même intensité et de cette égale douleur.

Aussi loin que le souvenir m’emporte, je retrouve l’image imposante de cette stature lourde du poids d’une immense culture, d’une intelligence percutante et d’une sensibilité osant à peine se cacher devant l’apparence apollinienne d’un artiste provocateur, d’un poète agitateur, et cependant  coulée dans le moule doré d’un patriotisme à toute épreuve et d’un humanisme inaliénable.

Les images se superposent en fondu enchaîné, depuis l’adulte bien bâti et bien empli dans sa Jebba, à Sayada, ne se séparant jamais de son livre ; au discoureur séduisant et convaincant dans les salles de cinéma débattant des films projetés ; au retraité amoureux du farniente sans lassitude intellectuelle!

En effet, mon enfance a été marquée par ce compagnon de si Ahmed Gacem M’henni (alias Hassen Gacem), un cousin de mon père qui était pour moi comme un père spirituel et un citoyen exemplaire. Ils formaient, avec l’imam de la Grande mosquée, Sghaïer Kerkeni, un trio symbolique et attrayant. Ce que j’en garde surtout, c’est le bus que si Tahar faisait venir au village pour nous projeter des films sur la place publique pour les hommes et dans la cour de la maison de si Hassen pour les femmes et les enfants. J’en ai hérité la passion du cinéma, tout autant dans les ciné-clubs, l’association des jeunes cinéastes amateurs, la ciné-jeunesse, que par un entêtement vaincu à vouloir suivre une carrière de cinéaste. Je n’oublierai jamais l’impression que me faisait cette imposante stature d’un concitoyen que je n’osais même pas approcher à la sortie du cinéma Le Mondial, à la fin de la projection d’un film et de sa discussion.

Notre relation naquit vraiment à la fin des années 80, lorsque nous avions invité si Tahar dans le cadre des activités du Festival de la pêche à Sayada, et se consolida en 1990 quand, moi-même directeur du festival et vice-président de la Municipalité de Sayada, je l’avais invité pour la présentation, dans le siège de la municipalité, d’un projet qui lui tenait à cœur, la fondation de la Maison d’Afrique en Tunisie, et pour l’animation d’un débat sur le cinéma dans le café du Port.

Trois ans plus tard, j’ouvris, à côté de chez moi, une librairie qui était aussi une sorte de club où se retrouvaient la plupart des cadres de la ville, à tel point qu’on a fini par baptiser le groupe de la sournoise désignation de « bureau politique » de la ville. Toutes les années que ce lieu de rencontre existait, Tahar Chériaa ne manquait jamais d’y pointer, durant tous ses séjours dans la ville natale. Et nous savions alors qu’avec lui, c’était toujours l’aube qui mettait fin à la discussion, quand ce n’était pas franchement le soleil levant. Et quand il partait à l’étranger, il envoyait des cartes postales où il disait combien nos débats lui manquaient. En vérité, avec lui, on débattait peu parce qu’il se lassait rarement de parler et de raconter ! A croire qu’il se sentait dans le besoin ou le devoir de transmettre des informations, au détail près !

C’est toujours après neuf heures du soir qu’il arrivait, l’heure où il prenait les nombreux médicaments que nécessitaient ses non moins nombreuses maladies. Un jour, j’eus l’audace d’évoquer avec lui la question de la mort. Il me répondit, en plaisantant, qu’il ne mourrait pas avant 2028 parce qu’il avait donné rendez-vous à ses amis africains pour fêter ensemble le centenaire du baobab. Qui sait ? Peut-être fera-t-il une apparition là-bas à cette date ! Que sais-je ?

Quand j’ai fondé l’Association pour la Sauvegarde de la Ville de Sayada, avec un groupe de concitoyens et de sympathisants ayant l’amour de la ville natale dans le sang, l’une de nos premières actions importantes fut Le Festival des Arts de la Ville (annuel). La première édition fut consacrée au cinéma et c’est Tahar Chériaa qui présida le Jury du Film de la Ville et qui nous fit venir de France, en un temps record, via notre ambassade, un film que nous voulions projeter et discuter à l’occasion.

Plus le temps avançait et plus notre amitié se consolidait jusqu’à une profonde complicité intellectuelle et une ambiance badine jamais en défaut qui nous faisait accepter l’un de l’autre toutes les remarques, de quelques natures qu’elles soient. Il passait souvent chez moi, et quand il ne m’y trouvait pas, il n’hésitait pas à laisser chez ma femme ou dans ma boite postale un commentaire de reproche, généralement sur un ton ironique qui lui est propre. Il l’écrivait sur n’importe quel papier qu’il trouvait dans la rue, comme il y en a toujours dans les coins de rues. Quand plus tard je me suis installé à Tunis, j’allais le voir à son domicile d’Ezzahra et c’est lui qui faisait la cuisine.

Mais c’est de l’époque du retour au bercail (que je situerais dans les années 90), me semble-t-il, que date la fixation qu’il a eue sur moi, une fixation où j’ai relevé son désir intense de voir se concrétiser une action locale qui pérenniserait sa mémoire dans cette ville qu’il a tant aimée et qui, comme souhaité par lui, a fini par le contenir tout entier et à le faire fusionner en elle, dans une étreinte plus maternelle que funeste. Aussi, trois semaines avant son décès, Tahar Chériâa me rappela-t-il à son chevet en présence de deux témoins, deux personnes qui lui sont chères, et m’a fait promettre de prendre en charge sa bibliothèque à Sayada et de veiller sur elle. J’en chargeai M. Abdelfettah Mustapha, un de mes compagnons, fidèle et dévoué, de l’action civile locale, et ayant la charge du musée du patrimoine que nous avions initié dans l’association pour la sauvegarde de la ville de Sayada avec un enthousiasme contrastant diamétralement avec sa situation précaire aujourd’hui. Heureusement qu’un projet du ministère de la Culture, annoncé lors de la première et unique édition des Journées Audiovisuelles Tahar Chériaa, en janvier 2011, vient de s’achever à la Bibliothèque publique de la ville, avec un rayon en vue consacré à la bibliothèque Tahar Chériaa.

Ces Journées ont été organisées à Sayada dans la continuité de la commémoration du 40ème jour du décès de Tahar Chériaa, par le ministère de la Culture, dans le Cinéma Le Mondial. Le Club Audiovisuel Tahar Chériaa (CAT@C) était alors en constitution, accédant au statut légal en mars 2011 ; en attendant, c’est la municipalité de Sayada qui gérait l’organisation des Journées avec le noyau du comité constitutif du CAT@C.

Je suis triste aujourd’hui de l’effritement de cet enthousiasme et de la compromission du projet initial autour de la mémoire de Tahar Chériaa, comme de plusieurs autres projets associatifs dans la ville. Dois-je faire des reproches à qui s’en sont détournés, en 2011, pour d’autres calculs ou d’autres repositionnements ? Je ne le crois pas, mais j’ose espérer un regain de conscience à ce propos.

A mon avis, raviver la mémoire de Tahar Chériâa nous invite à plus de labeur et à plus d’engagement pour la Tunisie et pour la culture tunisienne, pour l’amour de la patrie à partir de l’amour de la ville natale et vers l’amour de l’universel humain.

 

Mansour M’HENNI

(Le 22-04-2018)


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