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Lu pour vous: Salon du Livre à Sousse et la richesse intellectuelle du colloque-hommage à Mansour M’henni


L’hommage rendu, lundi 23 avril 2018, à Mansour M’henni, par la Foire Internationale de Sousse, dans le programme culturel de son Cinquième Salon International du Livre à Sousse (du 20 au 29 avril 208) a constitué un vrai mini-colloque sur l’œuvre multidimensionnelle du Professeur émérite (Université Tunis El Manar), chercheur, écrivain, penseur et traducteur, pour ne retenir que ce pan de ses activités.

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La première communication (en français) a été celle du Professeur et poète Samir Marzouki (Université de La Manouba) qui lui a choisi pour titre : « La poésie au cœur des œuvres de création de Mansour M’henni. Poésie implicite et poésie explicite ». Pr. Marzouki a commencé par souligner que Mansour M’henni est à son avis l’un des trois ou quatre poètes tunisiens de langue française à maintenir son écriture dans cette relation fondamentale entre l’écriture poétique et la conscience du rythme, ajoutant que pour M. M’henni, cela transparaît même dans son écriture en prose. Puis, il s’est intéressé au roman de Mansour M’henni, La Nuit des mille nuits ou Le Roi des pendus (Tunis, Bergédition, 2012), pour montrer que, au-delà de la remarque sur le rythme, l’acte d’écriture de l’auteur est foncièrement poétique même quand celle-ci est en prose. En effet, par son univers narratif (poétique des lieux, des femmes, des villes, etc.), par sa structure, par son style (la force frappante et la beauté des images, en plus des rythmes phrastiques appropriés aux situations) et par l’intégration de passages poétiques, français ou traduits (de l’arabe classique et du dialectal), ce roman a tous les ingrédients d’un roman poétique. C’est ce que Marzouki appelle « la poésie implicite » dans l’œuvre de Mansour M’henni, soulignant que cette écriture ne se limite pas au roman examiné et qu’elle est perceptible aussi bien dans ses nouvelles (surtout La Récompense de Sinimmar, recueil de nouvelles baptisées contes, Tunis, Sahar éditions, 1997) que dans son récit L’Araignée (Tunis, L’Or du Temps, 2000).

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Le second volet de cette première communication a porté sur les cinq premiers recueils de poésie de Mansour M’henni, laissant provisoirement de côté le dernier recueil en date, Petits poèmes en dose (Paris, L’Harmattan, 2018) auquel S. Marzouki compte consacrer une étude spéciale. Ainsi, de Rosée suivi de Tempêtes et Autres vers (Sousse, Nejma, 1992) à La Deuxième déjà ou c’est toujours la première (Tunis, M.A.L., 2010), en passant par Mots d’amour (Tunis, L’Or du Temps, 1999), Créencontres (Tunis, L’Or du Temps, 2003), et Là-bas (Sousse, Dar Al-Mizan, 2006), le conférencier a développé, citations à l’appui, la dominance et le sens du rythme dans ces textes poétiques, les mettant en rapport avec une poétique de l’interrogation et de la quête où les thèmes de l’amour et de la mort président à une inquiétude ontologique qui est le pilier principal de toute expérience poétique authentique.

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La seconde communication (en français) a été présentée par le Professeur Mohamed Chagraoui (Université Tunis El Manar), sous l’intitulé : « Mansour M’henni: Un effort de conceptualisation et une pensée critique ». L’étude se fonde sur l’œuvre critique et les essais de pensée de Mansour M’henni : La Quête du récit dans l’œuvre de Kateb Yacine (Tunis, L’Or du Temps, 2002) ; De la transmutation littéraire au Maghreb (Tunis, l’Or du Temps, 2002) ; Le Texte mixte de la littérature tunisienne de langue française : l’expérience triangulaire (Tunis, Centre de Publication Universitaire – CPU, 2004), Réflexions sur la question des langues (Tunis, Centre de Publication Universitaire – CPU, 2007) ; La Raison de méditerranéité (Tunis, Maison arabe du livre, 2008) ; Pratique lectoriale et pédagogie de la littérature (Tunis, Maison arabe du livre, 2010) ; Le Retour de Socrate. Introduction à la Nouvelle Brachylogie (Tunis, Editions Brachylogia, 2015 / Deuxième édition : Paris, L’Harmattan, 2017). Pour Mohamed Chagraoui, l’approche critique de Mansour M’henni est indissociable de sa pensée générale, toujours à la recherche de ses assises conceptuelles pour, au besoin, fonder les concepts appropriés à sa vision du monde, à ce qu’il appelle sa « façon d’être à soi, aux autres et au monde ». C’est d’ailleurs ce qui confirme l’idée développée par M. Marzouki sur le fondement ontologique de ses textes de création. Ainsi, trois concepts majeurs sont à l’œuvre dans ce corpus de M’henni : la mixité, la nouvelle brachylogie et la méditerranéité.

La mixité part de la notion de « texte mixte » développée à propos de la littérature maghrébine de langue française, notamment chez Kateb Yacine, chez Driss Chraïbi, Rachid Boudjedra, Tahar Ben Jelloun, Abdelwahab Meddeb, Hédi Bouraoui, etc. Mais elle déborde la littérature pour retrouver l’image de son fonctionnement en société qui imposerait une éthique de respect de la différence, de l’intercommunication et des statuts égalitaires. C’est d’ailleurs dans le prolongement de cette conscience et de cette vision des choses que Mansour M’henni a initié, en 2012, le concept de « Nouvelle brachylogie », à présent étudié dans une dizaine de pays et déjà riche en publications et en manifestations scientifiques, notamment le livre de base du concept et du champ de recherche y afférant, Le Retour de Socrate. Partant d’une longue étude des formes brèves, M’henni retrouve chez Socrate des éléments notionnels à son concept et le mot grec qui le désigne, lui créant même un mot arabe faute de correspondant exact ( إبراخيليا ), et lui donnant deux facettes attenantes : la « brachypoétique » comme méthode d’approche des discours et la « brachylogie générale » comme éthique et comme pensée du vivre en soi et du vivre-ensemble. Ce qu’il importe d’en retenir surtout, c’est que la brièveté devrait relever de l’esprit de conversation et donc favoriser la pratique conversationnelle comme unique voie vers la vraie démocratie en tant que système de convergence des différences par la relativisation des vérités, et de partage égalitaire des propositions  et des participations. Et c’est encore dans cette pensée globale que l’idéal de société recherché serait la « société de conversation » et que le concept de méditerranéité (dont M’henni serait l’un des premiers et principaux développeurs) pourrait s’inscrire en toute cohérence. Il faudrait alors distinguer ce concept de la notion de Méditerranée, car si celle-ci est un destin, celui-là est un rêve.

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La troisième communication (en arabe) a été celle de l’écrivain de langue arabe, universitaire et traducteur, Mohamed Aït Mihoub (Université de Tunis) qui a traduit le roman de Mansour M’henni, La Nuit des mille nuits ou Le Roi des pendus (Prix Littéraire International Kateb Yacine – Algérie – 2014). Il est parti des essais critiques et articles de Mansour M’henni en matière de traduction pour retrouver chez lui une pensée intéressante de cette pratique, mariée à une éthique appropriée mettant à l’aise le traducteur de ses textes. Il a souligné la généreuse disponibilité de M’henni, à chaque fois et à chaque moment (à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit), pour répondre aux questions et aux explications du traducteur à l’œuvre, sans jamais chercher à exercer un quelconque pouvoir ou à contraindre à une exigence personnelle. Aït Mihoub reconnaît avoir eu confirmation d’un témoignage déjà fait à ce propos par feu Mahjoub Ayari, le poète qui a traduit L’Araignée de Mansour M’henni (traduction éditée à Tunis, M.A.L., 2007 / Le Caire, Editions Rôya, 2010).

Mohamed Aït Mihoub a précisé que la littérature de Mansour M’henni a connu d’autres traductions, notamment celle du recueil de poèmes La Deuxième déjà… ou c’est toujours la première (traduction parue au Caire, Edition, 2017) et d’une Anthologia, traduction espagnole par Maher Guezmil parue au Costa Rica à l’occasion du 12ème Festival In ternationalde la Poésie, auquel le poète était invité), en plus de textes choisis traduits en anglais et en italien. Il a rappelé également qu’en tant que traducteur lui-même, de français vers l’arabe surtout mais dans l’autre sens aussi, Mansour M’henni a surtout traduit, avec une réussite caractérisée, un roman tunisien réputé intraduisible, Haraket (Mouvements) de Mustapha Fersi. Il a rendu l’esprit du texte à la fois dans son rythme et sa respiration que dans la complexité évocatrice et connotative de son jeu de langage. Il a d’ailleurs introduit, à l’occasion, une notion d’une grande pertinence chez les écrivains bilingues, ce qu’il a appelé « l’hospitalité traductrice » pour désigner ce qui dans la version originale d’un texte semble prendre en compte l’opération de traduction et lui offre d’avance les conditions favorables à sa plus heureuse faisabilité.

Le conférencier a par ailleurs souligné le grand plaisir qu’il avait trouvé à la lecture des autres traductions littéraires réalisées par Mansour M’henni, en l’occurrence la traduction du roman Al-Mouamara (La Conspiration) de l’écrivain tunisien Fredj Lahouar (Tunis, Centre National de Traduction / Cenatra, 2014) ; la traduction du recueil poétique, Nafikh Azzoujaj Al-Aama (Le Souffleur de verre aveugle), du poète tunisien Adam Fethi (Tunis, Institut de Traduction de Tunis, 2017) et la traduction du roman Khan ash-Shabandar, du romancier irakien vivant en Hollande Mohamad Hayawi (Paris, L’Harmattan, 2018).

Il conclut que Mansour est non seulement un traducteur de grande compétence, mais un penseur de l’exercice de traduction et de ses implications en société.

Le débat qui a suivi ces communications a permis à Mansour M’henni de répondre aux questions posées par les présents mais aussi d’expliquer plus amplement certains éléments de sa pensée et de son expérience créatrice avant que la direction de la Foire Internationale ne procède au cérémonial de l’hommage et que le Directeur, M. Mezri Bouzid, ne promette la consécration et la perduration de la tradition des hommages à écrivains dans les prochains salons du livre de la Foire Internationale de Sousse.

 

Publié par  www.jawharafm.net

 


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