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Lectures: Le Mouvement Ennahdha peut-il vraiment devenir un parti civil ?


Par Mansour M’henni

Les problèmes actuels de la Tunisie actualisent périodiquement une série de questions de motivations diverses, allant des divergences liées à une stratégie antiterroriste efficace jusqu’au remaniement attendu du gouvernement de Habib Essid, mais butant à chaque fois presque sur l’alliance de Nidaa Tounès avec Ennahdha.

On le sait, tout le débat politique et toutes les courses électorales, depuis janvier 2011, ont quasiment tourné autour de la dichotomie de deux projets de société préconisés pour la Tunisie. L’un, nouvellement brandi de façon agressive et violente, réactionnaire dans son esprit et dans sa lettre, voulait ramener la société tunisienne aux premiers siècles de la politisation de l’Islam, n’hésitant pas pour cela à réclamer le Califat comme modèle de conduite et de direction de la société, est défendu par les islamistes, toutes catégories défendues, avec en tête de file le Mouvement Ennahdha qui en constituerait la configuration tunisienne depuis au moins les années soixante-dix du siècle dernier, avec tous les déboires de la tension qui a présidé à leur relation au pouvoir et à la société, souvent à coup de violences échangées, chacun au nom de ses prétendues valeurs, en fait chacun dans la perspective de ses propres intérêts.

L’autre projet, progressiste, moderniste et modéré, déjà établi et confirmé par l’Histoire et symbolisé par la figure de Bourguiba en tant que synthèse de la pensée réformiste tunisienne, sert de base intellectuelle et culturelle à la plupart des compositions politiques centristes, de droite comme de gauche, et à la majorité des composantes de la société civile qui a su se mobiliser à temps pour empêcher, en 2013, l’adoption d’un projet réactionnaire de la constitution tunisienne.

Or dans cette configuration conflictuelle, l’alliance entre Nidaa Tounès et Ennahdha a été perçue comme contre nature, ce qui n’est pas de l’avis des deux leaders effectifs des deux tendances politiques, en l’occurrence Béji Caïd Essebsi et Rached Ghannouchi. Ainsi, le débat aujourd’hui tend à se réduire à la question : Le Mouvement Ennahdha réussira-t-il à muter vers le statut civil pour ne pas trahir la délicate concession qui lui est faite par le Nidaa, ni la nature séculaire de la société tunisienne qui se reconnaît d’abord dans sa propre spécificité, défendue comme un principe de base de toute adhésion à des fédérations régionales ou autres.

Il faut reconnaître que le discours majoritaire d’Ennahdha, aujourd’hui, laisse voir une intention affirmée d’évoluer dans ce sens et les déclarations à ce propos ne cessent de répéter : « Aidez-nous à le faire, cessez de nous diaboliser ». Cela paraît raisonnable, mais cela aurait des préalables qui devraient être assurés par les dirigeants d’Ennahdha et par la plus large part de sa base. En effet, il y a des souvenirs qui ne sauraient être dégagés du paysage et écartés des critères d’évaluation, sans une franche et sincère profession de foi des nouveaux conducteurs du devenir d’ennahdha ; ceux-ci devant souligner franchement leur rupture systématique avec la logique extrémiste, violente et exclusiviste qui a présidé à leur idéologie fondatrice. Ce serait bien que cela se fasse aussi sur la base d’une reconnaissance des erreurs passées (on éviterait volontiers la désignation « actes criminels »), à la fois sous Bourguiba et Ben Ali, mais aussi sous le pouvoir de la troïka conduit par Ennahdha, justement, et constituant la période de la vraie prolifération terroriste en Tunisie, particulièrement en matière d’idéologie. Qu’on se souvienne surtout de tous ces prêcheurs obscurantistes qui ont eu droit chez nous à tous les honneurs et tous les conforts ayant favorisé l’expansion de leurs idées noires et de leurs discours berneurs.

A ce propos, les Tunisiens ne peuvent oublier facilement la position de l’actuel second du président de l’ARP, ces propos de M. Abdelfatah Mourou à l’adresse de Wajdi Ghnim, dans une complicité sournoise et malveillante pour notre modèle sociétal : «Nous visons leurs fils, leurs femmes, et leurs petits-enfants. Leurs fils et leurs filles sont chez nous aujourd’hui. Notre but est de séparer la pensée des enfants de celles des parents.» Evidemment, les choses étant ce qu’elles sont aujourd’hui, A. Mourou trouve des détours pour présenter, avec force difficultés malgré sa forte rhétorique, une façon de comprendre autrement ses propos. Mais cette stratégie est bien commue de certaines formes de manipulation politique et, malheureusement, en voyant actuellement tous ces enfants, chez nous surtout et un peu partout ailleurs, se ruer vers le Croissant Fertile pour aller combattre dans les rangs de Daech, on comprend l’effet divers de ces déclarations « mouriennes » qu’il cherche à présenter comme des bavardages du divers.

On attendrait donc de Mourou, non de venir pleurer sur les plateaux de télévision pour nous apitoyer à coup d’exhibition d’actes de charité que la religion recommande de taire, mais d’organiser de nouveau cercles de discussion, publics et enregistrés, avec les jeunes et même des enfants au seuil de la jeunesse, pour les inviter à s’interroger et à réfléchir sur le terrorisme, sur son idéologie et sur ses agents, en en montrant la face lugubre et meurtrière, obscurantiste et tortionnaire,  autrement dit pour rationaliser leur rapport à ce phénomène et non pour les ensorceler par une autre rhétorique qui serait aussi fâcheuse que la première.

C’est à partir de là qu’on commencera, peut-être, à parler d’une vraie tendance d’Ennahdha à muter vers le statut civil, sinon, tout ne serait que littérature de circonstance et, comme dit le dicton de chez nous, « ce qui est dans le cœur reste bien dans le cœur ».

(article publié sur jawharafm.net)


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