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Lecture: Pour une Tunisie de vraie conversation avec la jeunesse


On dit souvent que tout nouveau livre, comme toute création, est un événement ; mais dans la réalité, un nouveau livre ne fait pas toujours l’événement, pour plusieurs raisons dont le développement et l’analyse ne sont pas de l’objet du présent propos. Celui-ci entend jeter un regard d’interrogation et de déduction sur un livre qui aura vraiment fait l’événement, le premier livre de Nizar Chaâri « Tounes fi inaya ».
Libre à chacun d’avoir sa propre opinion sur ce livre, ou même de se cramponner à son impression première, cependant l’essentiel ne serait-il pas de garder une ouverture conversationnelle sur de vraies « questions de l’heure » qui pourraient se poser dans un débat constructif autour de ce livre ? On ferait donc de ce dernier un support de discussion et un prétexte d’interrogation à même de conduire à des éléments de réponse, au-delà de la nature autobiographique dont il pourrait se réclamer.
Notons d’abord que ce livre a fait l’événement grâce à une stratégie intelligente et étudiée de marketing. Vous me diriez qu’il a fallu de l’argent pour cela ? A la bonne heure, il n’y a qu’à voir tous les fonds publics et privés pouvant conduire des stratégies pareilles en faveur d’autres livres, voire du livre national en général, pour répliquer : « Quel mal à ce que quelqu’un dépense, auteur ou éditeur, pour promouvoir un produit livresque ? N’est-ce pas le contraire qui devrait étonner ? »
Sur un autre plan, force est de constater également que nos médias, même les médias publics, assurent une couverture et une information par trop subjectives concernant les produits livresques en particulier, et même les activités culturelles en général. Oui, ce livre, malgré la modestie dont il se revendique, et c’est à son honneur, connaît un record d’impact médiatique et de ventes ! L’exemple serait alors à méditer pour repenser notre rapport au livre en adéquation avec l’évolution du monde, ce qui ne touche en rien à la liberté d’opinion et même d’évaluation du produit dans le respect de la différence et de la diversité qui sont des principes fondamentaux dans une société aspirant à la démocratie.
Venons-en à la forme de ce livre, celle-ci ayant constitué un des adjuvants de la pénétration du produit dans le milieu social le plus large, notamment auprès des jeunes. Il s’agit bien d’un opuscule alternant une matière textuelle avec une matière numérique et, rien qu’en cela, il s’inscrit dans le grand débat en cours sur le conflit ou la complémentarité entre le livre en papier et le livre numérique, en suggérant d’y intégrer la question du numérique en papier et du papier en numérique. Sans doute les écrivains et les lecteurs de ma génération se sentiraient-ils secoués et même bousculés par ces nouvelles questions, ce serait l’occasion alors de reconnaître, en toute humilité, que nous avons beaucoup à apprendre des jeunes dès que se libère en eux l’élan créatif et innovant.
Entre la forme et le contenu, il y a la langue de ce livre, arabe bien arabe, mais dans sa version dialectale. C’est sans doute heureux, à l’occasion, de réactualiser un débat important sur l’un des composants de notre identité, lui aussi aujourd’hui quelque peu marginalisé au profit d’autres aspects jugés, de façon par trop politisée, plus importants et urgemment prioritaires. L’usage du dialectal par Nizar Chaari nous interpelle également parce qu’y interfèrent le dialectal populaire, un arabe dit journalistique et des mots des langues étrangères, ces mots ayant pris pied dans l’esprit des jeunes surtout sous l’effet des médias classiques et numériques.
Toutes ces problématiques sont de l’ordre d’une société qui s’interroge sur elle-même et qui se cherche une issue vers l’avenir, dans le labyrinthe des confusions présentes. Or cette issue ne saurait convenir si elle ne partait pas d’une logique conversationnelle, au nom même de l’esprit démocratique dont elle se prévaut et de l’idéal démocratique auquel elle aspire. Et c’est justement cet « esprit de conversation » qui me paraît animer le livre de N. Chaari, au moins au niveau de l’intention affirmée par son auteur, aussi bien dans son texte que dans ses déclarations médiatiques : « C’est mon expérience personnelle mélangée aux rêves, aux ambitions et aux aspirations des jeunes Tunisiens que j’ai rencontrés lors de mes voyages dans la Tunisie profonde. […] A travers cette expérience, je veux dire à tous les jeunes que l’échec n’existe pas et qu’ils doivent travailler pour arriver à leurs fins. Au final, il s’agit d’un message d’espoir montrant la Tunisie comme je la vois à travers mes yeux. »
Il va sans dire que l’auteur n’invite pas les jeunes à refaire son propre chemin ! Il me semble plutôt les inviter à chercher et à trouver, chacun son chemin, en s’inspirant peut-être de l’état d’esprit qui l’a animé lui-même, pour répondre à l’éternelle question de « to be or not to be ». De fait, pour être vraiment, pour exister et donner sens à sa vie, il faut converser avec soi, avec les autres et avec le monde, et faire de cette conversation un éternel questionnement de soi. C’est cela le vrai apprentissage de la vie : ma leçon, c’est moi qui me la donne, en interaction avec ce qui m’entoure. Telle est l’idée profonde qui me semble se dégager de ce livre, au-delà ou en-deçà de son contenu et de toute autre valeur qu’on veuille ou non la lui reconnaître. N’oublions pas que le livre lui-même est né d’une conversation avec un compagnon de voyage.
De façon analogique alors, on peut étendre cette notion de conversation à l’échelle d’une société et se dire que la société démocratique, que nous appelons de tous nos vœux, ne saurait se réaliser sans un ancrage solide et généralisé de l’esprit de conversation dans nos interactions citoyennes. Malheureusement, la logique politique qui prévaut dans notre pays est loin d’être de conversation, malgré le précieux acquis, en 2011, de la liberté de presse et d’expression. Il me semble que tout ce qui s’est passé jusqu’à présent, c’est notre passage du monologue politique au dialogue de sourds ! Deux configurations à mille lieux de la « société de conversation » qui pourrait nous sauver !
Peut-être un produit et surtout une démarche comme ceux de Nizar Chaari et d’autres jeunes tunisiens pourront-ils mettre cette société sur la voie du salut ? Voilà dans quels termes devrions-nous accueillir ces prestations de notre jeunesse qui, plus que quiconque, est concernée par l’avenir et gagnerait à s’y impliquer ici et maintenant, pour ne pas rater le train de l’Histoire.

Mansour M’henni


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