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Rene-Descartes

Lecture : Descartes et la sécularisation du savoir humain


Par Khadija Ben Hassine

Sur le plan cognitif, la métaphysique anthropocentrique de Descartes chasse du domaine de la vérité tout ce qui ne provient pas du droit usage de la raison. Elle rejette comme nul et non avenu ce qui relève de la croyance en une quelconque vérité révélée et accorde la légitimité au seul laïc. Mais pour cela, il a fallu recréer un entendement nouveau dans lequel on ne peut plus admettre que les idées dont les degrés de certitude et de distinction ont été rigoureusement soumis à l’examen. Un entendement qui n’est pas effectivement libre, mais qui sait qu’il était fait pour le devenir en domptant la nature aussi bien en lui-même qu’en dehors de lui. La nature est privée de formes et de fins propres. Il appartient à l’homme de régner sur elle, de lui imposer ses fins. Dieu « de sa toute-puissance a créé la matière avec le mouvement et le repos » et parce que « Dieu n’est pas sujet à changer, nous pouvons parvenir à la connaissance de certaines règles […] lois de la nature » grâce auxquelles « on peut rendre raison […] de tous les phénomènes de la nature » par démonstration mathématique.

Ainsi, Dieu peut très bien avoir créé la nature et les vérités mais, l’homme qui peut les connaître et leur donner une forme et une finalité humaines, est l’égal de Dieu. Comprendre analytiquement ne veut rien dire d’autre que refaire et par conséquent, pouvoir refaire à l’infini. Chacun a en lui cette potentia dont parle Hobbes, c’est-à-dire « les moyens de trouver en soi-même et sans rien emprunter d’autrui toute la science qui lui est nécessaire à la conduite de sa vie, et d’acquérir par après par son étude toutes les curieuses connaissances que la raison des hommes est capable de posséder ».

A la suite de Galilée et de Kepler, Descartes a imposé la géométrie comme cadre pour comprendre les phénomènes de l’univers. La loi scientifique est ainsi soustraite à la volonté et à l’arbitraire divin. Sa régularité, son universalité et son caractère contraignant, elle ne les doit qu’à sa logique interne, aux seuls critères de la rationalité mathématique. L’unité du monde tient à l’homogénéité de la matière et de tous les objets qui la constituent qui sont certes des créations divines, obéissant néanmoins à des lois aussi immuables que Dieu lui-même. Des lois qui se laissent saisir mathématiquement, par « ces longues chaînes de raisons toutes simples et faciles ».

La causalité mécaniste supplante, au XVIIe siècle, la téléologie aussi bien dans le monde physique que dans celui de la politique et de la morale. Aussi bien chez Hobbes que chez Descartes, rien ne s’explique par l’occulte ou les miracles, « toutes les choses qui peuvent tomber sous la connaissance des hommes, s’entresuivent en même façon et [ ], pourvu qu’on s’abstienne d’en recevoir aucune pour vraie qui ne le soit et qu’on garde toujours l’ordre qu’il faut pour les déduire les unes des autres, il n’y en peut avoir de si éloignées auxquelles enfin on ne parvienne ni de si cachées qu’on ne découvre » .

Les promesses de rationalité contenues dans la révolution mécaniste du XVIIe siècle ne se traduisirent pas ipso facto en formes juridiques pouvant tenir lieu de sphères d’exercice. Disons, en paraphrasant Paul Ricœur, que l’effectuation de l’intention mécaniste dans la sphère du politique, sous la forme d’un État de droit fondé sur la nature même de l’élément humain, a dû attendre le XVIIIe siècle pour apparaître comme revendication pratique.


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