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Entretien: Questions sur la Méditerranée. Mhamed Hassine Fantar répond…


Ndr : « Questions à… », notre nouvelle rubrique, conduite par Badreddine Ben Henda, continue d’interroger des personnalités attitrées sur des questions qui nous concernent. Une façon d’inviter à approfondir la réflexion sur ces questions. La première série est consacrée à la Méditerranée et, après Pr. Alia Bornaz Baccar,c’est Pr. M’hamed Hassine Fantar qui y répond .

Interview de Mhamed Hassine Fantar, Professeur d’histoire ancienne, d’archéologie et d’histoire des religions, auteur de nombreuses publications sur Carthage et sur la Méditerranée, dont en particulier ses ouvrages : Carthage, la prestigieuse cité d’Elissa (1970), Les Phéniciens en Méditerranée (1997) et La Méditerranée (2002, Prix Sabatino Moscati).

 

Question I – L’avènement du Printemps arabe a nourri bien des espoirs, notamment en Tunisie, à propos de nouvelles relations possibles entre les deux rives de la Méditerranée. Malheureusement, ces espoirs semblent être cruellement déçus aujourd’hui. Qu’en dites-vous ?

M.H.F. : La Tunisie, depuis Carthage, voire bien avant l’immigration phénicienne, s’est investie pour le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. A l’âge de la pierre polie, des échanges se faisaient entre les territoires que nous appelons aujourd’hui Tunisie et les îles qui relèvent aujourd’hui de l’Italie. On était déjà en mesure de traverser la mer : des fouilles à Hergla ont permis de recueillir de l’obsidienne venant du nord de la Méditerranée et plus précisément des îles Lipari. De l’obsidienne provenant de Sardaigne et de Sicile, on en a trouvé à Hammam Ghézaz, à Korba et dans la région de Bizerte. Les grottes aménagées du Cap Bon des Djebels Khémir et des Mogods nous viennent d’Orient alors que les Mégalithes sont arrivés du Nord. C’est dire que les relations de la Tunisie avec l’est et le nord de la Méditerranée remontent très haut dans le temps. Carthage d’Elissa Didon et Carthage d’Apulée et de Tertullien avaient entretenu des rapports multiples avec les pays de la rive nord de la Méditerranée. Si j’ai cru nécessaire de le rappeler, c’est parce qu’on y trouve tous les ingrédients pour la construction d’une Méditerranée solidaire. Cela dit, je ne cache pas ma déception quand je constate que notre nouvelle constitution occulte notre Méditerranéité et j’en ai le cafard.

Question II – Une frustration aussi lancinante est-elle de nature à altérer votre engagement en faveur de la Méditerranée, et à décourager tous ceux qui partagent votre rêve ?

M.H.F. : Pas du tout ! Je continue de militer pour une Méditerranée solidaire sur la base de l’histoire et du patrimoine que nous partageons avec tous les peuples de la Mare Nostrum. L’Europe, le Maghreb et donc la Tunisie ont des tranches d’histoire commune, couvrant des siècles qui s’étalent de la protohistoire à nos jours. Les pays du Nord et du sud de la Méditerranée ont su partager les apports des Phéniciens, des Grecs, des Romains et des Arabes, voire ceux de la colonisation. De même qu’il y a une romanité maghrébine, il y a bien une arabité européenne comme celle de Sicile et d’Espagne. L’épreuve coloniale doit être, elle aussi, prise en compte, sans haine ni complexe. C’est notre histoire commune; nous nous devons de l’explorer pour une meilleure connaissance de nous-mêmes et de l’exploiter au profit de la coopération dans la paix, l’amitié et la solidarité. Nous avons donc un héritage commun ; pendant des siècles, nous avons partagé des langues, des formes, des images, des comportements, des croyances, des paysages, des situations faites d’heur et de malheur. Interrogez-en Hannibal, Aristote, Virgile, Averroès, Maïmonide, Augustin, Frédéric II, Hohenstaufen, Ibn Khaldoun et bien d’autres. Ne sommes-nous pas faits, pour vivre ensemble dans la concorde sans gommer nos différences, qu’il faut, bien au contraire, considérer comme autant de sources de richesse ?

Question III – La nouvelle équipe dirigeante en Tunisie ne paraît pas trop croire en l’apport effectif des puissances nord-méditerranéennes dans le redressement économique de notre pays. Est-ce la bonne option, selon vous ?

M.H.F. : La Méditerranée est une école qui enseigne l’ouverture sur l’autre qu’il soit de la Méditerranée ou d’ailleurs pour une connaissance et une reconnaissance réciproques. La Tunisie maghrébine, africaine et méditerranéenne se doit de tout faire pour multiplier le nombre des amis dans tous les continents. Sa méditerranéité l’y prédispose. Elle ne saurait s’ouvrir sur le monde que si elle devient ce qu’elle est. Or, elle est arabo-méditerranéenne. Pour devenir ce qu’elle est, elle se doit de s’approprier son patrimoine aux couleurs de l’arc-en-ciel où Berbères, Carthaginois, Romains, Arabes et autres se répondent. Si nous sommes ce que nous sommes, nous serons en mesure de faire feu de tout bois au profit de la vie, la vraie dans la paix, la justice et la prospérité partagée.

(Entretien réalisé par Badreddine Ben Henda)


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