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Entretien avec le poète tunisien Mansour M’henni : Ma poésie est le champ de créativité de mon expression libre et de ma libre pensée


Entretien réalisé par Pr. Patrick Voisin :

 

Mansour M’HENNI est un intellectuel tunisien qui porte en lui un projet scientifique et une vision culturelle originaux et créatifs. Sans doute sa formation et son expérience pluridimensionnelles y sont-elles pour quelque chose. En effet, préalablement voué aux sciences exactes (titulaire d’un bac sciences et enseignant de mathématiques au collège pendant trois ans), il se voyait plutôt en cinéaste après une expérience théâtrale à 12 ans. C’est dans la littérature qu’il s’est retrouvé finalement, à la fois en critique académique et journalistique et en créateur d’une œuvre qui suscite l’intérêt, surtout en matière de poésie, à la traversée des genres littéraires classiques.

Une cohérence incontestable préside à cette œuvre dont la dominante poétique n’occulte ni la richesse intertextuelle et transgénérique ni la profondeur qui va jusqu’à la conceptualisation et la théorisation, comme on le voit avec des notions auxquelles il a apporté une plus-value certaine, telles celle de la transmutation littéraire et celle du texte mixte, ou avec des concepts qu’il a lui-même initiés et auxquels il donne une ampleur de plus en plus sensible, comme le concept de « méditerranéité » et surtout le concept de Nouvelle Brachylogie.

De ce point de vue au moins et de par ses cinq recueils de poésie en langue française, il représente sans doute un témoin incontournable dans un propos sur la poésie tunisienne. A ce titre, nous avons eu avec lui cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder :

 

 

 

Une vraie pléiade témoigne de la richesse de la poésie tunisienne et de sa diversité couverture

 

 

Patrick Voisin : Mansour M’henni, notre entretien portant sur la poésie, je vous demande alors si, vous, tunisien et poète, vous pensez qu’une poésie tunisienne existe et si oui comment la définiriez-vous?

Mansour M’henni : La poésie tunisienne existe bel et bien de par le nombre de poètes qui s’en reconnaissent et de par le critère communément retenu pour une taxinomie nationale ou géographique de la littérature en général et de la poésie en particulier. Cette définition serait d’ordre socio-culturel ; elle est commandée par des besoins de recensement, d’édition, de diffusion et de reconnaissance. Néanmoins, il y a un autre niveau de définition, plutôt essentialiste, répondant à d’autres critères et suscitant plusieurs questions, liées surtout à la notion d’écriture.

Ainsi, si la poésie tunisienne se définit par le nombre de poètes tunisiens reconnus pour la qualité de leurs écrits, on peut, pour ce qui concerne la poésie de langue arabe, remonter son Histoire depuis Ibn Rachiq, Idn Charaf et Al Houssari, jusqu’à l’époque contemporaine où une pléiade de phares témoigne de la richesse de cette poésie et de sa diversité (en arabe classique et en dialectal tunisien). Je citerais, à titre indicatif, l’incontournable Abulkacem Chebbi, le précurseur de la modernité poétique en Tunisie, mais aussi Ahmed Loghmani, Jaafar Majed, Mustapha Khraïef, Mohieddine Khraïef, Mnaouar Smadeh, Noureddine Sammoud, Sghaïer Ouled Ahmed, Adam Fethi, Moncef Louhaïbi, Mohamed Ghozzi, Moncef Mezghanni, Jamila Méjri, Fawzia Aloui, Amel Moussa, Imen Amara, Souf Abid, Tahar Hammami, Habib Zennad, M’hammed Ben Salah, Moldi Farrouj, Mahjoub Ayari, Khaled Oueghlani, Noureddine Bettaïeb, Majdi Ben Aïssa, Mohamed Hédi Jaziri, etc. La liste est encore très longue.

La poésie tunisienne est aussi de langue française…

 

 

Patrick Voisin : Justement, à votre avis par quoi se définirait la poésie tunisienne, par les thèmes qu’elle aborde, par son écriture, par sa langue ?

Mansour M’henni : Peut-on vraiment définir une poésie par ses thèmes, d’ailleurs ces thèmes ne sont-ils pas les mêmes, au fond, pour l’humanité entière et ne se réduiraient-ils pas, comme on a pu le dire, à deux thèmes éternels, l’amour et la mort qui, depuis la nuit des temps, commandent l’existence des êtres humains, leurs sens et leurs pensées ? De ce fait, si les thèmes sont communs à tous les hommes et à tous les genres littéraires, la poésie se définit donc essentiellement, exclusivement même, par son écriture et par une littérarité spécifique qui la caractérise en tant que tension et tendance à dire l’indicible. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est considérée comme la quintessence de la création littéraire.

Là est le fond de l’expérience poétique, le reste est un jeu d’influence et d’interaction avec l’espace, géographique ou social, avec le temps, le présent ponctuel en rapport à une durée passée (la mémoire) et une durée projetée (l’avenir) et avec la langue surtout, chaque langue ayant son génie propre.

 

 

 

Patrick Voisin : Mais à propos de la langue, la poésie tunisienne s’écrit dans trois langues : l’arabe classique, l’arabe parlé et le français, comment vous situez-vous alors dans cette division ? Un poète de langue française ?

Mansour M’henni : D’abord, pour moi, il s’agit de deux langues d’écriture et non trois, la langue arabe et la langue française (N’oublions pas les Tunisiens, peu nombreux certes, qui écrivent dans d’autres langues). La langue arabe a deux volets, le volet classique (longtemps désigné abusivement par « l’arabe littéraire », comme si l’expression dialectale ne pouvait pas être littéraire !) et le volet dialectal ; mais les deux sont structurellement de même nature, surtout en Tunisie. Quant à l’écriture de langue française, elle est une forme d’intériorisation de l’Histoire et de son intégration culturelle dans la société, en rapport à une vision de l’interaction de soi avec l’altérité. Aujourd’hui, cette littérature en langue française est là, elle fera partie du patrimoine tunisien. Son avenir dépendra des rapports de force et de la gestion future, par la société, de l’intelligence de son identité.

Là aussi les noms ne manquent pas : Hédi Bouraoui, Magid El Houssi, Moncef Ghachem, Tahar Bekri, Samir Marzouki, sans parler de ceux qui, en se spécialisant dans d’autres genres, n’hésitent pas à flirter avec les Muses, et sans oublier cette jeunesse qui engage l’avenir de la poésie tunisienne de langue française ; je pense surtout à Moez Majed et Aymen Hacen.

La grande question serait de savoir si la langue est déterminante de l’identité ou si l’identité commande le rapport à la langue principale et à d’autres langues périphériques.

Pour ce qui me concerne, je suis un poète de langue française, c’est un fait ; mais j’écris aussi en arabe puisque, comme plusieurs autres, je suis de ceux qu’on qualifie de « parfait bilingues » ou presque, disons plutôt un bon bilingue, pour rester dans l’humilité. Si je n’ai pas encore publié de recueil en arabe (malgré l’insistance de plusieurs amis arabisants), c’est parce que je n’ai pas encore la ferme conviction que mon écriture dans ma langue maternelle porte sa marque innovante et ce petit plus qu’on attendrait d’elle.  

 

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La poésie en Tunisie, plutôt que la poésie tunisienne

 

Patrick Voisin : Jusqu’à quel point donc un poète tunisien de langue française peut-il se reconnaître ou être reconnu de la poésie tunisienne ?

Mansour M’henni : Je l’ai dit dans d’autres contexte, je pense que l’appartenance, surtout l’appartenance nationale, est un choix qu’on assume. J’ai été amené à en parler à propos d’Albert Memmi par exemple. Je suis étonné de la manière dont certains collègues imposent la « tunisianité » à un auteur qui a renoncé à être tunisien très tôt après l’indépendance du pays, voilà donc plus d’un demi-siècle, et qui a déclaré lui-même, il y a plus de trente ans, vouloir être un écrivain français. Pourtant il y a des traces incontestables de la Tunisie dans son œuvre, même la plus récente, il y a sûrement de la Tunisie, beaucoup même, dans son imaginaire d’écrivain ; mais est-ce assez pour parler de « tunisianité » ? Ce pays où il est né ne me semble plus apparaître en tant qu’ancrage essentiel déterminant de son vivre absolu, tel qu’il a été au début de sa carrière d’écrivain. N’est-ce pas curieux de classer Albert Camus comme un écrivain français et de classer, au présent, A. Memmi comme un écrivain tunisien ? Il n’en reste pas moins une figure emblématique de la naissance de la littérature tunisienne de langue française. Je le compare souvent à Edmond Amran El Maleh qui n’a jamais accepté de renoncer à sa marocanité.

Evidemment, il y a là une question problématique, celle de la perte d’une première appartenance pour une autre et de ce que ce changement transporte avec lui et de ce qu’il laisse à l’Histoire. Vous me diriez que cela est politique et je dirais oui, parce que la catégorisation géographique et l’identification nationale sont toujours politiques.

Mais pour éviter ces questions, qui blessent ou qui gênent, il serait plus opportun de rester dans l’identification littéraire, de parler de poésie tout court, sans aucune autre qualification nationale. On dirait alors la poésie en Tunisie, plutôt que la poésie tunisienne. D’aucuns mettent Mahmoud Aslan dans la poésie tunisienne de langue française, pourtant il est de père turc et de mère égyptienne et il s’est fait naturaliser français.

Voyez aussi comment certaines tendances politiques, après « la révolution tunisienne », ont essayé l’exclusion de certains intellectuels et créateurs tunisiens taxés de « francophones », mais ceux-ci, par leur résistance et leur tunisianité engagée, ont infléchi le débat identitaire vers un projet civilisationnel où l’appartenance n’est pas l’exclusion et où l’identité n’est pas antagonique de l’altérité. Là encore, on est plus dans le politique que dans le poétique.

S’il faut donc que je parle de moi, à ce propos, je dirai que du fait de mon appartenance totale et engagée (quelle que soit la forme de mon engagement) à la Tunisie en tant qu’entité civilisationnelle ayant son territoire, sa mémoire et son avenir projeté, je ne peux en tant que poète être classé et me considérer, dans les taxinomies d’usage, que comme un poète tunisien. Le reste, c’est ma poésie qui l’exprime, à sa manière, de façon à rester, malgré ou grâce à mon appartenance, de la poésie tout court.

« Ma poésie est le champ de créativité de mon expression libre et de ma libre pensée », devrait (se) dire chaque poète. Sans quoi, la poésie n’aurait pas de raison d’être.

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Le premier cri à la naissance est une forme d’expression poétique.

Patrick Voisin : Venons-en à votre expérience personnelle, vous avez publié votre premier recueil Rosée suivi de Tempêtes et Autres vers en 1992, à l’âge de 42 ans, peut-on être poète à plus de quarante ans ?

Mansour M’henni : Je crois qu’on peut se dévoiler poète à n’importe quel âge parce qu’on naît poète. Le premier cri à la naissance est une forme d’expression poétique, dans cet élan vital à dire l’indicible et à s’ouvrir à l’altérité. On est poète de différentes façons dans la vie, jusqu’au moment où un besoin peut survenir de manifester cela dans une œuvre artistique ou littéraire.

Pour ma part, j’ai vécu dans un univers de poésie. C’est d’abord ma mère qui, tout analphabète qu’elle fut, s’exprimait souvent en formules rimées, en phrases rythmées et avec une tonalité lyrique et mélodique. Elle avait aussi une très belle voix qui aurait fait d’elle une Diwa, dans d’autres conditions que les siennes. Les parents et les amis l’invitaient à chanter dans leurs fêtes, bénévolement cela s’entend, et sa voix était alors reconnaissable à grande distance. Quand elle chantait pour moi, sa voix devenait si douce qu’on croirait à une âme qui voltigeait. Mon père n’avait pas son talent, mais il ronronnait parfois des refrains de chansons de notre patrimoine populaire, surtout Hédi Jouini, et je ne les ai jamais oubliés. Puis il y a eu mon apprentissage d’une partie du Coran en période préscolaire et la psalmodie de ses sourates et ses versets dans une dynamique qui faisait danser les mots et les corps et où se mêlaient plusieurs sensations contradictoires. Je crois d’ailleurs que c’est l’intuition linguiste, née avec cette expérience, qui fait ma maîtrise actuelle de la langue arabe de façon plutôt satisfaisante. Ma formation ultérieure a continué dans le même sens avec les deux langues puisque j’ai commencé à apprendre le français à cinq ans, sans y briller particulièrement dans le contexte strictement scolaire. La récitation, dans les deux langues, a été sans doute aussi pour beaucoup dans cette formation de base qui a attendu en moi le temps qu’il lui a fallu pour éclore en créativité littéraire.

De fait, à treize ans, en plus de la passion théâtrale, j’ai commencé à aligner, pour moi, des vers en arabe classique, destinés à des filles qui me plaisaient et qui n’en savaient rien. A quinze ans, sous l’influence de Lamartine et sous l’effet d’un premier « grand amour », j’écrivais des poèmes en français sans rompre avec l’écriture de la poésie arabe, surtout que je découvrais, en même temps que le XIX° siècle français, la poésie arabe antéislamique. A dix-sept ans, c’est ma folie du cinéma qui a réduit ma concentration sur l’écriture poétique et m’a orienté vers certains essais en prose. Puis, quand je me suis inscrit à l’université pour des études de langue et littératures françaises, je suis devenu un régulier de l’écriture en français et que je suis devenu un grand fan de Baudelaire et d’Apollinaire. Je publiais mes écrits régulièrement dans un supplément « Jeunes » du journal Le Temps, avec plusieurs autres noms dont certains sont aujourd’hui des écrivains confirmés. Mon premier recueil a été annoncé déjà au début des années quatre-vingts du siècle dernier, par le journal La Presse, il devait porter le titre d’un de ses poèmes, Parabole. Mais une précaution sans doute un peu exagérée pour les uns, fort justifiée à mon avis, m’empêchait de m’aventurer dans la publication d’un recueil complet. A la fin, la décision est prise, en 1992, de publier un recueil de trente textes tirés d’un ensemble de centaines d’autres, presque tous abandonnés et maintenant disparus, sauf ceux qui ont été publiés dans les journaux. Peut-être la première guerre du Golfe a-t-elle été pour quelque chose dans cette décision, car la partie « Tempêtes » de ce recueil est consacrée à cette guerre, en référence parodique à « La Tempête du désert ». Le recueil a pour titre Rosée suivi de Tempêtes et Autres vers ; il a été publié par les Editions Nejma, une maison que j’avais fondée moi-même et qui a fait long feu, me donnant la conviction que je ne pouvais pas être poète et commerçant en même temps.

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Pour l’écriture de création je crois n’avoir jamais écrit qu’en mode brachylogique

Patrick Voisin : Cinq ans plus tard, vous publiez un recueil de nouvelles (que vous baptisez « contes ») un peu avant votre second recueil Mots d’amour, était-ce par un sentiment d’exiguïté du potentiel d’expression que vous offrait la poésie ?

Mansour M’henni : En vérité, j’ai toujours écrit parallèlement des poèmes et des textes en proses, des récits et des essais. Je le faisais toujours de manière brachylogique ; c’est pourquoi quand j’ai initié, beaucoup plus tard, le concept de Nouvelle Brachylogie, j’ai dit à mes amis que je croyais n’avoir jamais écrit qu’en mode brachylogique, j’entends cela pour l’écriture de création.

En 1997, j’ai montré mes petits récits à un collègue qui a apprécié leurs qualités et m’a pressé de les publier, avant même mon second recueil qui je préparais à la publication. C’est ce que j’ai fait, reportant la publication de la poésie pour un peu plus d’une année plus tard.

De fait, dans une consonance soulignée avec la voie littéraire de Kateb Yacine, pour rester dans le Maghreb littéraire, j’ai toujours été sceptique quant à la distinction caractérisée et soigneusement délimitée entre les genres littéraires. Je crois d’ailleurs avoir croisé l’imaginaire katébien, inconsciemment, en 1962 (à 12 ans), dans l’euphorie du cessez-le-feu en Algérie, quand j’ai écrit, mise en scène et joué, avec deux camarades du lycée, une pièce théâtrale qui s’est avérée être de même inspiration que La Poudre d’intelligence.

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La poésie est peut-être juste un état de la langue où celle-ci se trouve dans l’impossibilité de contenir la parle.

 

Patrick Voisin : Depuis, vous avez publié trois recueils de poésie et deux textes du genre narratif, un récit, L’Araignée, et un roman La Nuit des mille nuits ou Le Roi des pendus, qui a obtenu le Prix littéraire Kateb Yacine en Algérie, mais vos textes narratifs sont davantage reconnus comme des textes de nature poétique, comment justifiez-vous cet entremêlement des genres ?

Mansour M’henni : C’est que pour moi, la poésie reste la quintessence de l’expression littéraire et sa configuration supérieure. Je crois que nos ancêtres ont bien compris cette vérité, eux qui disaient poésie pour désigner la littérature. La poésie est le Diwan des Arabes, elle est donc toute leur histoire et en cela elle serait un archi-genre où tous les genres peuvent trouver place, non en tant que formes délimitées par des règles de claustration, mais en tant qu’état de création à la rencontre d’un étant de la langue d’écriture. C’est pourquoi la poésie ne saurait se limiter au vers ni au poème, elle est loin d’être un exercice pratique de versification, elle est peut-être juste un état de la langue où celle-ci est éternellement soumise à la tension de l’impossibilité de contenir la parole, dans les deux sens du mot « contenir », celui de retenir la parole et celui de la dire entièrement. C’est d’ailleurs à ce titre qu’on peut dire : « La poésie est brachylogique ou elle n’est pas ».  

 

 

 

Patrick Voisin : Finalement, la poésie tunisienne peut-elle être à la fois universelle et tunisienne ?

Mansour M’henni : Dans la logique que je viens de développer, la dénomination « poésie tunisienne » doit être conçue comme une convention socio-culturelle qui a son impact sur la perception et sur la réception des textes qui sont reconnus de cette poésie ou qui s’en reconnaissent explicitement. Reste à savoir comment se définit la « tunisianité » en poésie et si cette tunisianité n’est pas reconnaissable de façon contrastive par rappoer à d’autres entités poétiques, pour autant que celles-ci puissent être concevables.

Cela n’empêche pas la recherche de se pencher sur ces interrogations et je crois qu’elle s’y applique de plus en plus. De ce point de vue alors, la poésie tunisienne ne saurait s’imposer comme telle que si, partant de son ancrage tunisien, elle réussit à atteindre l’universalité en disant l’humain, l’essentiellement humain, à travers l’expression des particularités.

C’est pourquoi, à mon avis, la poésie, toute poésie authentique, est un état d’entre-deuisme et de mixité, un état de tremblement dans un semblant d’équilibre pour continuer, tel l’acrobate de Nietzsche, à marcher sur la corde raide par-dessus le vide vertigineux du néant qui attend notre chute.

 

Patrick Voisin : Et votre prochain titre en poésie ?

Mansour M’henni : Un recueil déjà prêt qui porterait le titre : Bricolages brachylogiques sur des mots de heurts et de bonheurs.

 

 

 

Biobibliographie de Mansour M’HENNI :

Mansour M’henni est né le 24 mars 1950 à Sayada (Tunisie). Il est Professeur d’Université à l’Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis (Université Tunis-Almanar, Tunisie). Il a exercé les fonctions respectives de : Directeur de l’Institut Supérieur des Langues Appliquées aux Affaires et au Tourisme de Moknine ; Directeur de Canal 21, la chaîne de télévision pour jeunes ; Président Directeur Général de l’Etablissement de la Radio Tunisienne ; Président Directeur Général de la SNIPE-La Presse-Assahafa.

Il est enseignant-chercheur en littératures française et francophones ; auteur de La Quête du récit dans l ‘œuvre de Kateb Yacine (2002, Thèse de doctorat soutenue à Paris XIII en juin 1986), De la Transmutation littéraire au Maghreb (2002), Le Texte mixte de la littérature tunisienne de langue française (2004), La Raison de méditerranéité (2008), Pratique lectoriale et pédagogie de la littérature (2010). Il a dirigé des colloques et des publications collectives sur des auteurs maghrébins, sur la littérature tunisienne et sur des questions de « méditerranéité », un concept dont il est l’un des principaux promoteurs. Il a participé à plusieurs colloques internationaux, dans plusieurs pays, et a fait partie, pour plusieurs années, du comité de rédaction de Mawared, la revue de la Faculté des Lettres et Sc. H. de Sousse. Il est l’initiateur du concept de Nouvelle Brachylogie qui mobilise de plus en plus de chercheurs dans plusieurs pays depuis son lancement officiel en 2012.

Il est aussi écrivain ; auteur de cinq recueils de poèmes (Rosée suivi de Tempêtes et autres vers, 1992 / Mots d’amour, 1999 / Créencontres, 2003 / Là-bas, 2006 / La Deuxième déjà… ou c’est toujours la première, 2009 (Traduction arabe à paraître), d’un recueil de nouvelles (La Récompense de Sinimmar, 1997), d’un récit (L’Araignée, 2000 / traduction arabe de Mahjoub Ayari, Tunis, 2006 en première édition ; Le Caire, 2010 en deuxième édition, et d’un roman (La Nuit des mille nuits ou le Roi des pendus, 2012), consacré du Prix Littéraire Kateb Yacine 2014, à Guelma en Algérie. Il a traduit en français le roman arabe Mouvements (Haraket) de l’écrivain tunisien Mustapha Fersi, (Tunis, Cenatra, 2008) et le roman La Conspiration (Al-Mouamara) de l’écrivain tunisien Fredj Lahouar (Tunis, Cenatra, 2014).

Mansour M’henni est actif aussi dans le domaine des média : il a commencé dans la presse écrite en 1975 et a collaboré avec plusieurs journaux tunisiens (Tunis-Hebdo, Le Temps, Le Renouveau, La Presse) ; il a produit pendant dix ans des programmes radiophoniques en langue arabe (Radio-Monastir) et a collaboré à l’élaboration de CD-rom culturels sur Le Musée du Bardo, Thysdrus et Kairouan. Dans le champ de la presse électronique, il a initié durant quinze mois (mai 2011 à septembre 2012) un magazine électronique Memomed, le Média de la Tunisie et de la Méditerranée, « un média de la modernité et de la méditerranéité » (actuellement en stand-by). Il est chroniqueur et membre de la direction rédactionnelle du portail (tunivisions.net) ; chroniqueur aussi dans le site de la radio privée (jawharafm.net) et directeur responsable du magazine électronique (samiminfo.com). Il a été Consultant-directeur de rédaction des cinq premiers numéros du mensuel d’information générale, TribunePlus.

A souligner dans ses activités associatives : Vice-président et membre fondateur de la Coordination Internationale des Chercheurs sur les Littératures du Maghreb (Paris, 1989-1993) / Président fondateur de l’Association pour la Sauvegarde de la Ville de Sayada et du Club Audiovisuel Tahar Chériaâ (CATaC) / Président fondateur (et actuel président d’honneur) de l’Association pour la Culture et les Arts Méditerranéens – ACAM (1997) et directeur responsable de sa revue semestrielle Thétis / Président fondateur (et actuel) de Brachylogia : Coordination des Etudes Brachylogiques (Tunisie), et Président co-fondateur (et actuel) de CIREB : Coordination Internationale des Recherches et Etudes Brachylogiques (Paris).

Il a été aussi membre du Bureau National de l’Union des Ecrivains Tunisiens de décembre 2005 à décembre 2008 (après avoir été deux fois vice-président de l’union régionale de Monastir).

Il est officier du mérite culturel (2006) et chevalier du mérite éducatif (2001). Elu personnalité de l’année dans le domaine de la presse par l’Alliance tuniso-italienne (Rome 2009) et Prix littéraire Kateb Yacine 2014 à Guelma (Algérie).

Cet entretien a d’abord été publié sur tunivisions.net

 


Un commentaire

  1. Article fort sympathique, une lecture agréable. Ce blog est vraiment pas mal, et les sujets présents plutôt bons dans l’ensemble, bravo ! Virginie Brossard LETUDIANT.FR

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