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Entretien avec Fraj Dghim : Mon slogan : Le centrisme pour la patrie


Entretien avec Fraj Dghim : Mon slogan : Le centrisme pour la patrie

Nous l’avons rencontré à Sousse à l’occasion d’une rencontre culturelle. Nous le connaissions par certaines de ses positions que d’aucuns appelleraient des appartenances ou des flirts politiques. Ce jour-là, il nous a paru tenir un discours franchement inaccoutumé pour le statut qu’on serait tenté de lui donner, arbitrairement ou habituellement. On savait bien qu’il était un homme d’affaires, un entrepreneur ; mais l’idée qu’il développait devant nous était bien originale et nous a paru programmatique. Nous avons donc convenu avec lui d’en parler dans cet entretien pour la partager et diffuser sa portée, tellement elle nous a paru rompre avec une certaine idée des rapports établis entre les régions et la logique de la patrie, en ce moment crucial où l’on gagnerait à ouvrir la voie à ce débat pour en tirer le meilleur pour tous et pour en élaguer les effets nuisibles.

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Un entrepreneur est un bâtisseur et son principal chantier, c’est d’abord son pays

Tunivisions.net : M. Dghim, vous êtes un entrepreneur, donc un homme d’affaires, en quoi cela vous importe-t-il de vous mêler de politique ?

Fraj Dghim : Vous dites bien que je suis entrepreneur ; c’est ainsi que je me considère, plus que comme un homme d’affaires. Un entrepreneur est doté d’un esprit d’entreprise, c’est-à-dire d’un esprit de construction et d’édification. Un entrepreneur est un bâtisseur et son principal chantier, c’est d’abord son pays qu’il voudrait voir en construction continue.

Quant à la politique, je n’en fais pas plus que ce que me dictent mon devoir et mon droit de citoyen. Je n’ai rien à en tirer sur un plan de carrière, mais j’essaie de participer au mécanisme qui me semble conduire le pays sur la voie qui me paraît la meilleure.

Tunivisions.net : Oui, mais dans tout cela, il y a votre intérêt, il y a votre compte en banque et les dividendes qui vous reviennent de votre business ?

Fraj Dghim : Et quel mal y aurait-il dans cela, chacun fait son boulot. Si chacun fait son boulot comme il faut, tout ira bien et puis chacun a choisi librement sa voie. A chacun son business, peut-on dire. Pourquoi chercher alors d’autres divisions sur cette base ? Chacun sert la patrie en servant ses propres intérêts : c’est la logique de la vie en société.

Tunivisions.net : Donc si l’on suit votre raisonnement, c’est Kamel Morjane qui vous paraît représenter la meilleure voie pour la Tunisie aujourd’hui, puisque vous avez conduit sa campagne dans la région de Monastir pour les élections présidentielles.

Fraj Dghim : Laissez-moi vous dire que du point de vue de certaines gens, on me considèrerait comme un Zelm, justement pour cet appui apporté à M. Kamel Morjane. Je précise d’abord que ce soutien a d’abord été pour moi un geste d’amitié, car j’ai le sens très souligné de l’amitié. Il se fait que politiquement aussi, la mouvance politique de M. Morjane, plus que son parti au sens strict, me paraissait en concordance avec l’idée que je me fais de la Tunisie. J’ai donc accompagné son aventure et je ne le regrette pas, d’autant plus que je n’avais rien à en tirer, mais il y a lieu aujourd’hui d’évaluer l’expérience et d’en tirer les enseignements qui se doivent.

Tunivisions.net : Et quels sont ces enseignements ?

Fraj Dghim : D’abord que c’est la Tunisie qui doit passer avant les hommes et qu’avant de répondre au besoin ou au devoir d’amitié, il faut d’abord répondre de son devoir patriotique et de sa conscience citoyenne.

Tunivisions.net : Cela veut-il dire que vous commencez à lorgner du côté d’un autre parti plus important, plus pesant dans la prise de décision ? Ennahdha, par exemple, dont vous semblez bien proche ?

Fraj Dghim : Franchement ? Non ! Si j’avais cette logique en tête, cela ferait longtemps que je serais politiquement rangé. Je ne nie pas que j’ai plusieurs amis dans le Mouvement Ennahdha, mais ces amitiés me permettent de pousser dans le sens d’une restructuration de cette composante politique majeure en Tunisie et dans l’infléchissement de son intégration dans le paysage civil de l’action politique avec, au besoin, le maintien du juste nécessaire de son référentiel religieux. Ennahdha y gagnerait sûrement et la Tunisie aussi. Je suis de principe contre l’exclusion et contre le séparatisme et c’est dans cette logique qu’il faut prendre ma proximité de certaines personnalités néo-islamistes.

Toutefois, pour ce qui est des fondements de base de mes convictions politiques, c’est Bourguiba qui reste mon principal repère et la référence essentielle de ma pensée politique.  

 

Les positions de Ghannouchi, depuis près de deux ans, sont très proches de celles de Bourguiba

 

Tunivisions.net : Bourguiba et Ghannouchi ? Vous croyez à leur rapprochement ?

Fraj Dghim : Essayez de suivre de près les positions de Ghannouchi depuis près de deux ans, elles sont d’une telle proximité de celles de Bourguiba qu’on ne les croirait jamais avoir été contradictoires et conflictuelles. Je crois que le principal mérite de Ghannouchi est dans cette évolution historique importante. Il a ainsi mis certains jeunes sur cette voie et cela présage d’un avenir moins tendu entre les deux sensibilités politiques, et à mon avis ce serait tant mieux pour la Tunisie.

Tunivisions.net : Mais on peut penser aussi que votre action s’inscrit plutôt dans l’ancienne logique « sahélianiste », ce qui ne ferait que creuser encore plus le hiatus entre certaines sensibilités politiques jouant sur la corde régionale ?

Fraj Dghim : Merci de me conduire sur ce champ de la réflexion car c’est là que je conçois l’essentiel de mon action politique et de mon rôle militant. Je vous le dis clairement : si j’avais à mettre un slogan à ma démarche militante pour ma patrie, je retiendrais le suivant : « Le centrisme pour la patrie ». Je m’explique là-dessus :

On a souvent centré l’évaluation politique en Tunisie sur des données régionales où le Sahel prenait et prend encore, malheureusement, l’allure d’une plaie aussi bien pour les Sahéliens que pour ceux qui les prennent à partie. Il est temps aujourd’hui de sortir de cette logique et de concevoir la Tunisie autrement, c’est-à-dire sur la base d’une nouvelle répartition pratique des divisions régionales.

De tous points de vue, et pour des raisons géopolitiques objectives, la Tunisie est divisible en trois grandes régions : le Nord, le Centre et le Sud. On parle aujourd’hui de déséquilibre régional et de discrimination positive entre les régions ; mais en la concevant sur un séparatisme régional classique, le plus souvent conflictuel, on ne fait que creuser le tombeau de tout plan de développement tendant à dépasser ce déséquilibre.

On parle du littoral par opposition à l’intérieur, pour une Tunisie qui a une largeur de 280 km au plus, cela est aberrant. Aujourd’hui, nous avons besoin d’une intégration du littoral à son arrière-pays et vice versa. Il n’y a plus de Sahel, par exemple, il y a un centre totalement conçu comme une unité à composantes complémentaires. Vous tracez ainsi, par le haut de la carte, une ligne qui part du golfe de Hammamet jusqu’à la frontière entre les gouvernorats de Jendouba et du Kef (Zaghouan pouvant faire du Nord ou du Centre) ; ensuite par le bas, une autre limitée par les frontières sud des gouvernorats de Gafsa, Sidi Bouzid et Sfax, et vous avez ainsi un centre qui met alors en évidence tout le Nord en haut de la carte et tout le sud à son bas. Ainsi, Kairouan, Gafsa, Sidi Bouzid, Kasserine, Le Kef, Siliana et Kairouan sont de ce centre qui remplacerait, dans les esprits, un Sahel isolé et restrictif avec une configuration faussement spécifique.

Dès lors, le Centre, où il y a Sfax aussi, reprend une autre dimension et un autre rôle, il devient une représentation du centrisme tunisien à la fois du point de vue des mœurs, de la culture et de la civilisation. Plus qu’un espace de séparation, il devient aussi un lieu de jonction et de liaison entre le Nord et le Sud pour modérer les caractéristiques d’un sous-ensemble régional, le Nord ou le Sud, en interaction et en conciliation avec celles de l’autre. En plus, cela permettra de revaloriser l’ensemble du Sud de par son étendue géographique en comparaison du nombre de gouvernorats qu’il y a. Et c’est de cette harmonie que se nourrira l’unité nationale et la cohérence civilisationnelle qui la fonde.

Dès lors, le Sahélien classique ne l’est plus dans l’esprit d’une exclusivité séparatiste, ni à son propre regard ni au regard des autres, mais dans l’esprit de sa propre disponibilité et de sa propre mobilisation pour se rendre utile à tous les autres. On n’est plus Sahélien pour le Sahel, on est Centriste pour toute la Tunisie, pour la Mère-patrie. Au centre, on est entièrement solidaire, du littoral jusqu’aux frontières algériennes ; on l’est tout au autant au Nord comme au Sud. Voilà comment les régions pourront s’investir dans un nouvel équilibre tout orienté vers l’intérêt de tous et de tout le pays.

Je ne serai pas d’accord avec ceux qui pensent diviser encore notre petite Tunisie en cinq régions avec une sorte d’indexation du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, comme une mise à l’écart. L’Est et l’Ouest doivent être combinés et solidaires pour une complémentarité vitale dans les politiques de développement, à la façon de la mise en place effective d’une même complémentarité solidaire entre le Nord et le Sud, réajustée par la gravitation centrale.

Une nouvelle culture à mettre en place et à transposer sur la politique de développement

Tunivisions.net : L’idée est certes séduisante, mais quelles sont ses chances d’application, sur le terrain.

Fraj Dghim : C’est une nouvelle culture à mettre en place et à transposer sur la politique de développement. Il suffirait d’y tenir fermement pendant une décennie et elle entrerait dans les mœurs et dans le quotidien comportemental. Ce serait difficile alors de faire marche-arrière et la bataille de l’unité nationale serait gagnée, culturellement, économiquement et socialement.

Tunivisions.net : Et quel est alors le parti politique qui conduirait une telle démarche pour un tel objectif ?

Fraj Dghim : Mais cela n’est pas l’affaire d’un parti, c’est l’affaire d’une société. Cela devrait entrer dans la logique de l’Etat et s’intégrer dans la politique éducative et culturelle. Cela devrait constituer la ligne rouge à ne pas franchir et toute action politique qui s’établirait contre cela serait contraire à l’intérêt de la patrie, puisqu’elle s’inscrirait en défaut par rapport à l’unité nationale et au principe de la solidarité intégrale entre les citoyens au-delà de leurs appartenances politiques qui, toutes, auraient alors pour principal objectif l’intérêt de la patrie avant celui des partis, et ce serait cette fois pour de bon. Et non un simple slogan.  

Tunivisions.net : Et le mot de la fin ?

Fraj Dghim : J’espère de tout mon cœur que tous les Tunisiens retrouvent la sérénité nécessaire à une réconciliation nationale capable de fédérer tous les efforts contre le terrorisme et pour le développement solidaire. Cela n’est du tout pas en contradiction avec la tolérance, le respect et la démocratie.

 

Entretien conduit par Ahmed Gacem Mansour

(Entretien publié sur tunivisions.net)


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