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Chuchotement à l’oreille d’un ministre : 1 – Le ministre de l’Education


Monsieur le ministre,

Votre combat pour votre reconduction dans le nouveau gouvernement est certes gagné, mais cette nouvelle étape de votre responsabilité à la tête du secteur de l’éducation exige de vous une évaluation objective de la première et une prospection des ajustements qui s’imposent. Ce serait peut-être, pour l’avenir, le moyen de cultiver richement et efficacement votre ambition première qui convoitait la présidence du gouvernement ou, au moins, une mégapole de l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique.

Sauf votre respect, Monsieur le ministre, il y aurait d’abord un effort à faire sur votre propre personne, par trop exhibitionniste, se mettant excessivement en spectacle, parfois à vos dépens. J’y mettrais votre dernière présence à l’ARP quand, pareil à un élève agité et agitateur, vous ne teniez pas sur votre siège, impliquant votre collègue, Zied Ladhari apparemment consentant gêné, dans une longue discussion en aparté pendant que les députés intervenaient. Par ailleurs, plusieurs commentateurs, vous avez dû en prendre connaissance, vous ont reproché aussi cette autre attitude un peu frivole lors de la finale de la coupe, en allant traîner à la queue du protocole alors que vous n’en faisiez pas partie.

Cela serait passé inaperçu s’il ne s’inscrivait dans la même veine d’un ministre qui a paru amplifier son action et mettre en avant son héroïsme au détriment de la cohésion du gouvernement et de l’image de marque de son ancien chef qui, souvenez-vous, a fini par se compromettre pour vous et assumer ce que vous décidiez tout seul.

A titre indicatif, l’entretien des écoles et leur propreté grâce à un partenariat avec les hommes d’affaires et la société civile est bel et bien une action civile qui est périphérique des prérogatives et des actions du ministre. Il était plus sage de les laisser travailler dans cette coordination locale qui met en valeur leurs efforts d’engagement citoyen, plutôt que d’aller récupérer cet effort pour son image de marque. D’ailleurs, cela collait totalement avec vos discours et à vos déclarations où le « JE » était le pilier central, comme si vous conduisiez votre propre gouvernement, voire votre propre république. De fait, rien n’a échappé à la conscience citoyenne de toute la mobilisation médiatique autour de votre personne, qui a certes séduit le commun des gens au départ, mais qui a fini par devenir suspecte. C’est que les médias, Monsieur le ministre, il en faut juste ce qu’il faut ; tout le reste est de trop et trop est un défaut.

J’espère que vous prendrez ces remarques sportivement, avec le sens du profit à en tirer si vous y en trouvez, car la situation actuelle de notre pays attend de chacun ce par quoi il croit pouvoir aider l’opération du renouveau.

Cela dit, il va bien falloir revenir alors à l’éducation proprement dite :

Vous aviez annoncé, au départ, un retour à l’école de Messaâdi, dans le juste esprit de Bourguiba. Vous aviez souligné, avec une bonne part de vérité, que les seules vraies politiques cohérentes et progressistes dans le système éducatif tunisien étaient celles de Messaâdi et de Charfi, sous-entendant que la troisième serait la vôtre. Or jusque-là, nous n’en avons rien vu d’autre qu’un bras de fer mal géré par manque d’écoute et de sincérité dans l’échange, si bien que le parcours paraît plus rempli d’accords vite résiliés ou non appliqués, sinon de dialogues de sourds allant jusqu’à l’irrespect (qu’importe d’où cela viendrait et sous quelle forme), finissant par un coup de force de certaines fractions syndicales opposées à votre reconduction, une démarche arrondie par un accord supérieur sur fond de dernières complaisances de votre part.

Nous pensons qu’il faut, dès le départ et sous la couverture des premiers responsables nationaux de l’exécutif et des syndicats, établir les assises réalistes et transparentes au public de toutes les négociations, avec obligation ferme et expressément consignées pour chaque partie, d’observer ces règles et d’appliquer les termes des accords conclus, en considération des conditions objectives du pays dans l’équité du partage des acquis, des responsabilités et des sacrifices.

Une fois l’ambiance sociale convenablement assainie, le grand chantier de la politique éducative doit être ouvert, certes dans la démarche consultative et démocratiquement conversationnelle, mais nullement de la façon formaliste sans plus, quand le ministre prenait déjà des décisions avant même que les commissions de la société et des professionnels ne commençaient à en discuter. A ce titre, le dernier calendrier de l’année scolaire paraît bien aléatoire, allant vers la création de plus de nouveaux problèmes qu’il n’en résoudrait. Il est encore à repenser.

Heureusement, il n’y a plus lieu de s’attarder sur le modèle de société que certaines tendances voulaient réviser, voire bouleverser, au profit d’autres modèles inappropriés. Sur ce plan, il faudra juste veiller aux dérapages provoqués par des interventions biaisées et il y en aura beaucoup. C’est pourquoi, des règles claires doivent fixer la gestion des programmes, des manuels et des activités culturelles dans les écoles.

Cela fait, c’est le chantier des programmes, du temps scolaire et des conduites pédagogiques qu’il faut prendre le temps d’analyser profondément, en élargissant la consultation et en associant surtout ceux dont l’apport est attendu de façon efficace et enrichissante, indépendamment de l’âge, du grade, de la région ou de la couleur politique. Sans précipitation dans la prise de décision et dans l’application ! Et en prenant surtout les précautions nécessaires pour garantir les conditions d’application, une fois la décision prise.

Avec tout cela, il faut prendre garde aux lobbies et aux groupes d’influence qui ont toujours empoisonné la vie du ministère de l’éducation, l’un des plus difficiles à gérer. Pour peu que le ministre manifeste certains traits de faiblesse et de flottement, ou qu’il laisse voir des indices d’une tentation suspecte, ces machineries sous-terraines se mettent en branle et imposent leur façon de faire à toute autre façon de voir.

Reste enfin la coordination avec les cycles supérieurs, ceux des universités, des instituts et des « grandes » écoles, cela se réaliserait moins bien avec un grand pôle comme celui que vous suggériez, Monsieur le ministre, car cela laisserait sentir l’odeur d’un quelconque monopole du pouvoir ! Cela se résoudrait plutôt par une vraie coordination entre les deux secteurs, sans complexe ni hégémonisme, avec une feuille de route mûrement réfléchie, clairement établie et fermement conduite.

Monsieur le ministre,

Vous êtes à féliciter pour votre reconduction et nous croyons, malgré tout ce qui a été dit à ce propos, que cette décision pourra s’avérer concluante. Il faudrait juste que Monsieur le ministre fasse ce qu’il faut en termes de révision de soi et de son rapport à l’autre. C’est une autre éducation à laquelle il n’est jamais trop tard de se soumettre soi-même, en bonne âme et conscience, avec la plus sincère humilité de la relativisation des choses, et d’abord de ce qu’on prend soi-même pour des vérités indiscutables.

Mon respect, Monsieur le ministre.

Mansour M’henni

(in tunivisions.net)


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