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Chronique : Tunisie, les signes précurseurs d’une troisième République


portrait+ Par Mansour M’henni

Il y a un certain temps déjà, des voix s’élevaient pour annoncer une autre révolution en gestation qui donnerait naissance à une troisième République, une révolution sans auto-immolation ni leadership politique, et encore moins partisan. Je crois sincèrement que les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, le 15 septembre 2019, sont la concrétisation de cette révolution d’un autre genre qu’une génération et des catégories sociales de la Tunisie commémoreront plus que le 14 janvier 2011.

Le vote largement majoritaire du 15 septembre s’est exprimé en faveur de Kaïs Saïed et Nabil Karoui, qu’il conviendrait à tout concitoyen de féliciter respectueusement, selon l’éthique démocratique. Or ce vote est d’abord l’expression d’une mise à plat de la structure classique des partis politiques et de leur façon d’agir. Mais au-delà même des partis, il a sanctionné ceux, se prétendant indépendants, se sont laissé manipuler par des lobbies politiques, économiques, financiers ou médiatiques. Tel est le cas, par exemple, de quelqu’un comme Abdelkrim Zbidi qui aurait pu opter, s’il était le vrai décideur de sa candidature, pour une vraie indépendance, sincère et circonscrite dans les règles du jeu, avec une conscience concentrée sur les vrais problèmes de la société, surtout la jeunesse. Il serait resté alors loin de toute provocation, de toute infraction au droit de réserve et de toute déformation de certaines vérités le concernant. Il a fait (peut-être lui a-t-on fait faire) un autre choix ; il s’est livré à une machine de propagande et d’idéalisation manipulatrice ; il en récolte le résultat.

Une large couche de la population tunisienne, d’un poids certain comme l’a montré le dernier scrutin, avait besoin d’un président indépendant, loin des frictions et des conflits infantiles, capable de proximité avec son peuple, surtout les jeunes, quelles que soient ses prérogatives constitutionnelles. Kamel Nabli a failli jouer cette carte jusqu’au bout en 2014, mais il était trop manipulé par son entourage pour tenir jusqu’au bout. Aux premières rumeurs sur la candidature de Zbidi et jusqu’à sa confirmation, d’aucuns y ont vu un profil à même de réussir ce coup attendu. Mais très vite, il s’est avéré qu’il ne pouvait avoir que la même issue, ou presque, que Nabli surtout que son équipe n’était pas très différente de celle de son prédécesseur.

Un autre propos pourra reprendre l’analyse de cette situation plus profondément, mais l’espace imparti à cette chronique impose une plus grande attention à la morale à tirer du scrutin de dimanche dernier et surtout de la grande avance donnée à deux élus particuliers pour le second tour.

Au-delà de ce dont il est accusé, Nabil Karoui a fini par devenir l’icône des pauvres, offrant la figure d’un nouvel humanisme dont certaines catégories sociales sont revendicatives et admiratives. Sa situation actuelle tend à se devenir un cas d’école en jurisprudence, sans précédent en Tunisie, dans l’exigence pressante de la séparation du juridique et du politique. Il avait sans doute monté sa stratégie loin des soupçons de ses adversaires qui s’y sont pris trop tard, trop maladroitement pour essayer de le neutraliser. Son incarcération n’a fait que conforter cette stratégie.

Quant à Kaïs Saïed, il est ce monsieur Tout-le-Monde qui ressemble vraiment à tout le monde, sans lobbies, sans machine, sans élévation vaniteuse et prétentieuse, tout juste droit comme son corps mince et effilé. Un homme de proximité ! Oui, tel est le maître-mot des nouvelles politiques : la proximité, la conversation, l’écoute, le partage… Bref, tout ce que les anciens politiques n’ont jamais fait, tout en n’arrêtant pas de rabâcher le même lexique dans leurs discours.

Kaïs Saïed a dit à ses concitoyens, surtout les jeunes, qu’il n’avait pas de politique préétablie pour eux et qu’il allait les écouter pour concevoir avec eux les politiques appropriées. C’est ce qu’on attendait des politiques, comme l’enfant qui attendait de son père qu’il fasse confiance à son intelligence au lieu de le commander au fouet.

Le peuple, surtout celui des jeunes, semble dire : faites-nous confiance et ne nous prenez pas pour le décor de votre théâtre, nous pourrons alors vous élever au statut de pères ou de chefs.

Tiens ! J’entends déjà des voix qui chantent :

« Voyez-vous monsieur, j’ai mal au monde

On pourrait faire mieux à chaque seconde

Voyez-vous monsieur, j’ai mal au monde

Vous fermez les yeux mais je l’entends qui gronde

 

Monsieur Toulmonde, qu’avons-nous fait de …

Monsieur Toulmonde, qu’avons-nous fait de la planète bleue ? »

(Publié aussi sur jawharafm.net)


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