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Chronique : Que penses-tu de Youssef Chahed ? Par Mansour M’henni


Réponse à un ami français, ancien responsable international de médias et expert international en Web et médias, qui m’a écrit pour me demander ce que je pense de Youssef Chahed :

Cher ami,

Que penser de Youssef Chahed quand on ne le connaît pas assez, quand on n’en sait que ce qui se lit sur son CV ou ce qui apparaît de sa brève expérience dans le gouvernement, surtout lors du dernier passage à la tête du ministère des Communautés locales ?

L’homme paraît porter les avantages de sa jeunesse et sans doute aussi certains signes de sa descendance. De ce point de vue, il a droit à tout le respect dû à un citoyen respectueux lui-même de ses concitoyens et de la gent humaine. Cependant, je crois que ce n’est pas cela qui t’intéresse le plus et qui répondrait à ta curiosité, car je crois que le fond de ta question est le suivant : Que penses-tu de la nomination de Y. Chahed à la tête d’un nouveau gouvernement ?

De ce point de vue, sa jeunesse constitue à la fois une appréhension et une promesse. Pour les uns, elle l’acculerait à une allégeance peut-être systématique à son protecteur, le président de la République, ce qui constituerait une sorte de complot contre la constitution, quels que soient les reproches qu’on ferait à cette assise législative. Certaines voix de spécialistes, parfois parmi ceux qui étaient proches du Chef de l’exécutif, commencent déjà à crier à l’inconstitutionnalité de cette nomination. Pour d’autres, il est temps que la Tunisie fasse confiance aux jeunes, quitte à faire les frais de leur inexpérience, le temps de les voir se rôder à la tâche de gouvernance et au savoir-faire de la direction des affaires de l’Etat. Qu’importe alors, comme cela paraît, si c’est le président qui cherche à initier un successeur à sa convenance (à la convenance de la Tunisie, doit-il penser aussi), qui serait son « poulain » d’adoption compensant l’échec de la tentative avec son « poulain » de descendance légale.

Puisque mon avis t’intéresse, je t’avoue que je suis convaincu de la nécessité de propulser la jeunesse aux postes de responsabilité afin de préparer l’avenir ; toutefois, l’âge de Y. Chahed ne me paraît pas approprié à la tâche qui l’attend, dans les conditions que sont celles du pays, aujourd’hui. A mon avis, c’est dans la tranche d’âge des cinquante ans ou plus qu’on aurait dû chercher un chef de gouvernement pour la période actuelle et c’est sur quelqu’un d’une expérience certaine en matière de gestion politique et de maîtrise de la gestion technique du terrain tunisien qu’il aurait fallu miser.

Pour le cas qui nous retient ici, on louerait ses diplômes qu’on nous présenterait des milliers de Tunisiens aussi diplômés sinon plus, car, quoi qu’on en dise, le plus grand pari gagné par la Tunisie indépendante, c’est bien celui du savoir. Il faut reconnaître que même son expérience dans la spécialité, en l’occurrence l’agriculture, ne laisse pas voir des réussites certaines de Y Chahed ni de décisions innovantes et réparatrices de défaillances antérieures. Quant à son dernier poste, dans un gouvernement que le Parlement a discrédité non sans l’influence de la présidence de la République, cette responsabilité donc n’a laissé en mémoire que des visites dans certaines régions, assez bien présentées pour donner de la personne une image de sérénité, d’éloquence et de mesure, des qualités dont il est certainement doté. Mais de fait, pendant que d’autres ministres, parfois avec beaucoup d’arbitraire et bien peu d’évaluation objective de la situation du secteur dont ils ont la charge, se sont lancés dans l’action, lui est resté en dehors de l’aventure en choisissant de ne pas s’attaquer aux dossiers brûlants. Ainsi, pendant que d’autres se brûlaient au feu de la maladresse, lui restait en dehors de toute contestation. C’est à deviner que déjà la formule de sa désignation était déjà conçue, montée et mise en marche.

Je n’aurais pas grande objection à cela (C’est de bonne guerre en politique, dirait-on) s’il avait au moins tenté quelques mesures même provisoires pour la réorganisation d’un secteur vital qui a fini par pousser la plupart des citoyens dans un désespoir déprimant quant à la gestion des administrations locales et à la propreté des villes. Qu’on ne nous sorte pas le temps pris pour travailler sur le système électoral des municipalités (ce qui n’empêchera pas le report de ces élections), l’administration d’un ministère est faite de répartition contrôlée des tâches avec la nécessité de contrôle strict et d’imputabilité programmée et effective. Que penser alors de toutes ces localités restées sans « délégations spéciales » à la tête de leurs municipalités, qui pour démission, qui pour dissolution, qui pour une politique de non implication.

Au final, quel que soit mon avis personnel ou celui de quiconque d’autre, je pense que ce qui est fait est fait, maintenant, et que l’essentiel est de l’aider à mieux se faire. Autrement dit, Y. Chahed peut se donner les moyens de la réussite s’il évite l’influence des lobbies des nominations, politiques, économiques et médiatiques, s’il choisit de réunir toutes les propositions et les données sur les proposés pour procéder à une évaluation objective et fonctionnelle. Que son gouvernement soit partiellement politique, pourquoi pas ? A condition que les politiques nommés ne soient pas envahissants au point de chercher à faire de l’ombre au chef de l’équipe ! Qu’ils ne soient pas le signe d’un échec politique certain dans les différentes échéances électorales ! Qu’ils ne soient pas aveuglés par leur narcissisme ou leur obsession par le pouvoir.

  1. Chahed devrait également prendre appui sur la société civile, non seulement les organisations nationales signataires du Pacte de Carthage, mais surtout le tissu associatif de toutes spécialités. Non ces associations dont les responsables ou les parrains, dans la tradition de l’arnaque droit-hommiste, ne cherchent qu’à tirer un profit ou un autre, pour eux et leurs complices, mais ces associations investies sur le terrain avec une difficulté parfois insurmontable pour obtenir des subventions publiques, sous prétexte de bonne gestion des finances publiques, alors que d’autres associations de parade gèrent des budgets de directions générales, sinon de ministères, sans que personne ne s’en mêle !

Tous les Tunisiens, les partis politiques surtout, doivent aider Y. Chahed à réussir. La plupart, même dans l’opposition, semblent prêts à le faire, mais attendent la composition de son gouvernement. Ce sera le premier indice crédible des intentions du nouveau chef de la Kasbah, le reste en dépendra, et le premier intéressé est prévenu.

Voilà pour te répondre. Amitiés.

Mansour M’henni

(jawharafm.net)


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