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Chronique: Premières élections municipales libres en Tunisie. Premières réflexions


Par Chérif FERJANI et Mohamed KHENISSI
Les premières élections municipales depuis la révolution de 2010-201, reportées à plusieurs reprises, ont enfin eu lieu le 6 mai 2018, dans un contexte marqué par une machine économique en panne que les différents gouvernements de transition n’ont réussi à relancer, une corruption qui continue à gangréner le fonctionnement de l’activité économique et des institutions publiques, des inégalités sociales et régionales qui se sont aggravées, une inflation de 8% avec une flambée des prix et une forte détérioration des conditions de vie et des services public, une menace terroriste qui a reculé mais qui n’est pas complètement éradiquée, une morosité et une désespérance persistantes, un corporatisme et une nostalgie des solidarités traditionnelles (tribales, régionalistes, etc.) mettant à mal les acquis modernes de l’Etat-nation, etc. Il faut ajouter à ces facteurs, que le Code des Collectivités Locales définissant, entre autres, les compétences des municipalités, n’a été voté que la veille des élections. En outre, l’image que donne la représentation nationale par le fort taux d’absentéisme des députés, le retard consécutif au mauvais fonctionnement du pouvoir législatif quant au renouvellement des membres de l’ISIE et à la mise en place de la Cour Constitutionnelle, le fonctionnement d’une instance aussi symbolique que l’IVD et des autres instances de régulation (HAICA, Instance de lutte contre la corruption, etc.) n’étaient pas pour inciter à la confiance et à la participation. Ce contexte n’est pas étranger au fort taux d’abstention (avec un taux de participation de seulement 33,7%), aux dysfonctionnements et irrégularités qui ont émaillé le processus électoral, sans que l’ISIE n’y remédie.
Outre l’impact du contexte économique, social et politique sur le processus électoral, les résultats de ces premières élections locales sont riches d’enseignements :
– Ils illustrent les difficultés de la transition démocratique dans un contexte national, régional et international très défavorable ; malgré les acquis indéniables de la révolution, notamment dans le domaine des libertés, les Tunisien(ne)s doivent encore lutter pour cueillir les fruits de leur révolution.
– Les résultats de ces élections illustrent l’échec de l’alliance entre le Parti du Président de la République, Nida, et le mouvement islamiste, Ennahda : Ces deux partis, arrivant après les listes indépendantes, ont perdu une grande partie de leur électorat : Nida est passé de 1 million 279 941 lors des législatives de 2014 à quelque 300 000 voix selon les résultats préliminaires), perdant près d’un million d’électeurs. Tout en s’en tirant mieux que son allié, le mouvement islamiste est passé 941279 en 2014 (et 1million 495 565 en 2011) à quelque 500 000 voix cette fois (toujours selon les résultats provisoires annoncés à la clôture des élections). Même s’il ne s’agit pas de même type d’élections, et même si les résidents à l’étranger non pas participé (ils pouvaient le faire dans leurs lieux de résidence en Tunisie comme beaucoup ont pu le faire), le recul est spectaculaire et doit être médité malgré le triomphalisme des déclarations des dirigeants islamistes dont les listes obtiennent moins que les listes indépendantes.
– Le résultat de Nida confirme que l’alliance avec les islamistes coûte plus cher à ceux qui s’y adonnent qu’aux islamistes : C’était le cas pour CPR (Congrès pour la République de Moncef Marzouki) et Takattol (Le Forum démocratique pour le travail et les libertés) sous le règne de la Troïka entre 2011 et 2014 et c’était aussi le cas pour les partenaires de la coalition du 18 octobre 2002 avant la révolution. Retiendra-t-on la leçon pour les alliances inévitables pour diriger les futures municipalités et pour les futures élections ?
– Les alliances de dernière minute dictées par la peur et la frilosité politique plutôt que sur la base d’une stratégie réfléchie et un long travail de partenariat sur le terrain (Coalition civile cette fois, Union pour La Tunisie en 2014), sont condamnées à l’échec ; elles doivent être préparées longtemps à l’avance, par des discussions sur les programmes et surtout des actions communes comme le montre l’expérience du Font Populaire qui est arrivé en tête dans plusieurs circonscriptions du Sud, du Centre et du Nord-Ouest, confirmant la relative réussite de la même stratégie en 2014.
– La réussite de listes indépendantes montre que le travail de terrain persévérant et de longue haleine est la meilleure voir pour le renouvellement de l’élite et de l’action politiques.
Ces enseignements sont à affiner par une analyse prenant en compte les résultats de chaque circonscription. Malgré le fort taux d’abstention, qui se comprend et s’explique par les facteurs déjà évoqués, ces élections sont une étape de plus sur la voie de la transition démocratique. L’arrivée en tête des listes indépendantes et le fait qu’aucun parti n’a la majorité absolue, sont de bons augures pour l’avenir de la démocratie en Tunisie. La construction du paysage politique sur la base de compromis et d’alliances finira par imposer la sécularisation du politique et la limitation de l’effet des idéologies antinomiques avec la démocratie, qu’elles soient religieuses ou profanes. Il reste à transformer l’essai par la mobilisation de l’électorat pour les prochaines élections sur la base de l’action des futures municipalités et l’exemple des acquis de ces élections.


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