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Chronique: Non ! Maman chérie ! Par Badreddine Ben Henda


Il y a deux jours, un chauffeur de taxi me disait : « Le voilà bientôt fini, Ramadan ! Les gens vont mesurer à quel point le mois saint nous réunit tous, à l’intérieur d’un même foyer comme dans les cadres sociaux plus larges ! » Oui, je m’en suis rendu compte l’autre soir en accompagnant des amis lors d’une sortie dans les rues très animées de la Médina de Tunis. Magnifique ambiance de cérémonies familiales en série. Jeunes et moins jeunes, issus principalement des couches moyennes, s’attablaient par groupes de plus de cinq convives autour de boissons et de pâtisseries diverses, et participaient très spontanément à l’allégresse générale. On m’a dit que ces soirées festives se poursuivaient jusqu’à l’aube et qu’’il en était ainsi depuis le début de Ramadan, même le soir de l’attentat meurtrier de Sousse et les nuits ramadanesques suivantes.

Le même jour et en cherchant, chez un bouquiniste, de vieux numéros de certaines revues cinématographiques, j’ai eu avec le vendeur un brin de causette sur le cinéma sous nos latitudes. Mon interlocuteur s’est mis alors à m’énumérer, la mort dans l’âme ou presque, les salles qui n’existent plus et celles qu’on a transformées en commerces sans le moindre rapport avec la culture et l’art. « Ah ! soupirait-il. Les gens allaient en famille au cinéma, et après le spectacle, s’offraient une collation ou même un dîner tardif, au cœur de la capitale encore bien animée après minuit ! ». C’est vrai, j’ai vécu ce bon vieux temps où Tunis et d’autres grandes villes du pays n’attendaient pas l’été pour vivre cette sorte de communion citadine. A Jendouba même, qui n’était, dans les années soixante-dix, qu’une cité de moins de vingt mille habitants, nous avions nos soirées animées au cinéma et en ville après le spectacle. Certains commerces dépendaient en partie de la clientèle noctambule qui ne s’amusait pas que dans les bistrots. Je me rappelle aussi que certains chauffeurs de louages « ramassaient «  leurs premiers passagers parmi cette population de veilleurs invétérés.

C’est triste de ressusciter tous ces souvenirs nostalgiques. Mais la Tunisie d’aujourd’hui tient encore à rester unie, à continuer sa vie de « grande famille », et ce, en dépit des conditions sécuritaires relativement précaires, malgré les menaces terroristes, malgré l’esprit de division que certains mercenaires politiques cherchent à répandre dans nos rangs. La peur et la détresse nous étreignent quelquefois, notamment après les tragédies qui nous endeuillent de temps à autre. Mais dans une vraie famille comme la nôtre, je parle de notre chère Tunisie, les moments de deuil ne bloquent pas tout. Maman m’apprenait tout à l’heure que chez mon oncle (décédé il y a quelques mois), on ne fêtera pas l’Aïd, cette année, dans la même joie que de son vivant. Non ! Maman chérie ! Chez mon oncle, on doit célébrer cette fête et savourer les pâtisseries traditionnelles, et acheter aux petits des habits neufs et leur offrir des jouets. Non Maman chérie, sous notre ciel, la vie survit toujours aux circonstances dramatiques et aux disparitions, et, passé l’instant de douleur, nous reprenons très vite le sourire parce que la Tunisie est synonyme de « sourire ». Et tant pis pour les sots qui n’ont jamais compris le fameux slogan « Ibtassem, innaha Tounès » (Souris, tu es en terre tunisienne) !

                                                           Badreddine BEN HENDA


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