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Chronique : Les aléas d’une commémoration et l’intelligence d’une vraie révolution


Par Mansour Mhenni

La première cérémonie officielle de commémoration de la révolution par la présidence de la République n’aura pas été sans incident. En effet, invitées à la cérémonie, des familles de blessés de la révolution ont mené une manifestation contestataire dans la grande salle du palais et le président a dû revenir dans la salle, après sa sortie, pour les rassurer quant à l’intérêt qui leur serait porté et à l’attention qui serait accordée à leur problème.

Très vite, l’incident a produit son effet dans les médias provoquant différentes réactions auprès des commentateurs, celles-ci allant de l’indignation la plus catastrophée au dénigrement le plus atténué ; l’équipe du président se contentant alors de reprocher aux contestataires leur impatience et leur précipitation. D’aucuns auraient même insinué que des personnalités politiques étaient derrière la manifestation. De l’autre côté, un plateau de télévision n’a pas manqué de crier au scandale sans précédent qui aurait bafoué l’Etat comme jamais on ne l’avait fait, « ni sous les régimes de Ben Ali et Bourguiba, ni même sous les beys et la colonisation » !

Y a-t-il eu vraiment une défaillance organisationnelle de la part de l’équipe protocolaire du palais ? Le président de la République aurait-il été mal conseillé à propos de la question des familles des blessés ? Tout cela est probable et devrait inviter les responsables du palais à être plus méticuleux sur ces questions, de par surtout le caractère délicat du problème, sachant surtout que ceux qui les attendent au tournant sont légions et que leurs critiques sont des plus virulentes.

Pourtant, on pourrait y voir aussi une des premières manifestations, malencontreuse ou peu heureuse, de la démocratie naissante à l’aube de la Seconde République tunisienne. Ce serait surtout, à travers les commentaires des uns et des autres, l’occasion d’une certaine évaluation du petit chemin franchi sur cet itinéraire, à partir des commentaires pleins de surenchères faits par les uns et les autres des acteurs politiques.

D’aucuns reprochent à Ennahdha, par exemple, d’avoir aidé son « ennemi d’hier » à reprendre le pouvoir et de chercher aujourd’hui à s’associer à lui, contre ses alliés objectifs, ceux avec qui le Mouvement avait lutté contre la dictature ; celui-ci, se défendant, rappelle à ceux-là qu’ils lui avaient faussé chemin quand il avait, lui, appelé à serrer les rangs des « forces démocratiques » et à coordonner leurs actions. Le plus étonnant dans ces propos, c’est que d’un côté comme dans l’autre, on se prend pour le chantre et le champion de la démocratie contre tous les autres, président et militants confondus, sans doute 56% du peuple aussi, tous classés comme des représentants de l’ancien régime.

C’est en fait l’amertume de l’occasion ratée et du pouvoir perdu qui fait aujourd’hui le dépit de ces concitoyens et qui commande leurs nouvelles stratégies ; il conviendrait de les comprendre même s’il faut les critiquer. C’est un peu le cas aussi, nous semble-t-il, de l’ancien président Moncef Marzouki, dont l’absence à la cérémonie du palais, alors qu’il y avait été invité ès qualité, constitue un acte fort représentatif de cette « opposition hors de l’Etat » déjà annoncée par le principal homme demain, conseiller et porte-parole du président d’honneur du CPR. Sans doute dans l’esprit de la « Mouvance du Peuple des Citoyens » pour la constitution de laquelle des assemblées préliminaires sont appelées à se tenir partout dans le pays, avant l’officialisation de la structure prévue pour le 20 mars 2015.

Précisons que, tout heureuse que puisse être la naissance d’une nouvelle structure d’opposition, même celle-ci à la nature encore indéfinie, à la désignation problématique et l’esprit rempli d’ombrage, dès qu’elle devient officielle, elle est à l’intérieur de l’Etat. Sans doute pas dans le gouvernement, mais bel et bien dans l’Etat. Logiquement d’ailleurs, même quand elle n’est pas officiellement reconnue, par un quelconque acte d’exclusion (ce qui n’est pas le cas), une structure d’opposition devrait se réclamer de l’Etat et se donner cette légitimité, sinon elle est en acte mercenaire.

Bref, ce 14 janvier 2015, date de la première commémoration de la révolution sous la Deuxième République nous semble consacrer les premiers pas de notre démocratie naissante, notre démocratie à tous qui que nous soyons mais tous enfants de la patrie, tel que nous avons pu être ou tel que nous serions mais toujours patriotes. Elle nous donne encore la preuve que notre révolution n’est pas conforme à l’idée que d’autres s’en font ; elle est bien fille de l’esprit tunisien et de son école de civilisation : progressiste, médiane et tolérante, regardant le passé pour éclairer l’avenir, convaincue que la seule vraie révolution est celle qui, par l’éducation, le savoir et la connaissance, continue la tâche ardue et jamais accomplie du développement de l’intelligence.

Texte publié d’abord sur tunivisions.net


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