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Chronique : Le Bon côté de l’élection de Kaïs Saïed


Portrait-M.-Mhenni-006 Par Mansour M’henni

Je ne connais pas Kaïs Saïed en termes de proximité quelle qu’en soit la nature. Au-delà de certains de ses passages à la télévision, j’avais juste partagé avec lui un rituel presque quotidien (sauf empêchement majeur) pendant les premières années de la « révolution » de 2011, jusqu’au mois de juin 2015.

Nous nous retrouvions à la sortie du Lycée pilote d’El Menzah, chacun de nous attendant sa fille pour la ramener à la maison. Quand il ne pleuvait pas, nous faisions les cent pas devant le lycée et à notre croisement, nous échangions des sourires respectueux et des salutations aimables ; mais jamais nous n’avions entamé une discussion sur une question politique ou autre. Pourtant, d’autres personnes qui attendaient comme nous s’en allaient parfois vers lui et engageaient des conversations auxquelles il adhérait en toute humilité et en toute sympathie. Je me souviens avoir évoqué parfois ces détails en précisant qu’il y avait dans cet homme quelque chose qui me semblait contraster avec l’image rigidement robotique qu’il donnait quand il parlait aux médias.

Depuis, Kaïs Saïed est resté pour moi ce personnage particulier du paysage commun, à travers ses apparitions publiques. Je ne sentais pas le besoin de trop chercher sous ses propos, convaincu qu’il ne constituait pas une mouvance déterminante dans le cours politique de la société, faute d’un soutien partisan à même de l’aider à foncer dans l’arène avec des chances de succès. Les sondages des derniers mois précédant le premier tour de l’élection présidentielle de 2019 m’ont certes mis la puce à l’oreille, mais pas assez pour que je m’attende au résultat obtenu. Une leçon est à tirer de ce cas d’espèce. L’ignorer d’une quelconque façon ou les contenter de dénigrer la personne relèveraient, à mon sens, de la cécité politique et même d’autres malformations ou défectuosités psychiques et intellectuelles.

Loin de tout parti pris, j’ai cherché à me renseigner sur la personne, de par mon droit, voire mon devoir, de citoyenneté devant une opération électorale cruciale. Surtout que je prétends connaître suffisamment le second candidat qualifié pour le second tour, au-delà de toute la compassion qui lui serait due face aux situations malheureuses qu’il a connues. J’ai donc beaucoup appris sur Kaïs Saïed de ceux qui l’ont connu de près. Je me suis fait ma petite idée personnelle et je continue de creuser. N’empêche que ce monsieur, soudain hissé au rang de la plus illustre personnalité du pays, m’interpelle à plusieurs titres.

Kaïs Saïed se dit indépendant et décidé à le rester, à l’égard des partis et des actants majeurs des médias et de l’argent. S’il maintient le cap sur ce profil et sur cette éthique, il réalise pour moi le rêve deux fois déçu d’un président de la République assez indépendant pour se conformer à la constitution et pour jouer le rôle de fédérateur, sinon d’arbitre juste.

Pour ce rêve, je me suis deux fois enthousiasmé au profit deux candidats qui me semblaient en avoir l’étoffe ; les deux fois, j’ai déserté leur barque, parfois avant même d’y monter, tellement la supercherie de la fausse indépendance était évidente. Mais voilà que sans moi, ce rêve peut se réaliser pour mon pays et pour sa jeune démocratie qui, quoi qu’on en dise, se concrétise peut-être à sa façon et à notre insu, nous qui sommes atteints, en politique, d’un strabisme certain et d’un narcissisme maladif.

Tout semble aller vers cette image du président adéquat pour les prérogatives que lui donne la constitution, surtout qu’en bon constitutionnaliste (A-t-on besoin d’un doctorat et d’une agrégation pour l’être ?), il n’osera ni ne pourra enfreindre la constitution. Tout le reste est affaire du parlement et du gouvernement qui en dépend. Et c’est là que se joue le grand jeu.

En effet, des vidéos circulent, toujours plus nombreuses et d’autres pages des réseaux sociaux, donnant un avant-goût de la plateforme politique qu’on chercherait à asseoir comme appui et soutien au nouveau présidentiable pour une mainmise sur tous les pouvoirs au nom de « la mouvance révolutionnaire ». C’est là qu’une méfiance s’impose et que lesdits démocrates sont devant une responsabilité politique majeure pour l’équilibre sociétal en Tunisie. La jeunesse qui cherche à capitaliser « l’opération Saïed », qui n’est pourtant pas toute la jeunesse tunisienne, se dévoile d’un ordre idéologique et d’une action politique cherchant à unifier plusieurs sensibilités, dont une partie d’Ennahdha, ses mécontents et ses néophytes, ainsi que la réserve électorale des anciens partisans, en 2011, de Moncef Marzouki et de Hechmi Hamdi.

 

Ne crions donc pas à la catastrophe. Tournons-nous vers les élections législatives et revoyons la façon de faire et de communiquer, de partager surtout avec nos jeunes. Donnons-leur le spectacle d’une action politique ambitieuse dans ses objectifs mais modeste et respectueuse dans ses relations, surtout avec la jeunesse. Montrons-leur la force des arguments contre la fébrilité d’autres considérations peu rentables dans la logique sociétale.

Tout n’a pas été dit, tout n’a pas été fait, tout reste à faire : à chacun selon son intelligence de la situation, sa méthodologie d’action, ses efforts et ses ambitions.

La Tunisie nous est chère, encore faut-il la mériter. A bon entendeur salut !


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