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Chronique : La Radio nationale entre Bourguiba et Béji Caïd Essebsi. Par Mansour Mhenni


L’intervention du Président de la République sur les ondes de la Radio Nationale, à propos de la situation à Jendouba du fait des dernières inondations, n’a pas manqué, comme on s’y attendait d’ailleurs, de susciter les commentaires les plus contradictoires.

Certains trouvent que le président n’a pas tari d’éloges pour les enfants de la maison qui seraient d’un grand professionnalisme et d’une louable perspicacité dans leur souci de coller à l’actualité. Quoi de plus normal qu’un président veuille encourager la famille de la Radio nationale du fait de sa représentativité principale dans le média public, avec la Télévision nationale ? Ce qu’il importerait surtout, c’est que les gens de la profession, qui ont le droit d’en tirer une quelconque satisfaction, en tirent surtout le sens de la responsabilité multipliée et le devoir accru de professionnalisme et d’intégrité éthique. Cela constitue le principal capital des médias publics, au-delà de toute ligne éditoriale qui leur serait soit imposée, soit autorisée, ou encore « reconnue » selon la structure du pouvoir et de ses rapports à l’information publique.

De l’autre côté du miroir, c’est le mode d’intervention du président qui a été différemment commenté, car il serait attesté que c’est le président de la République qui a appelé à intervenir. On l’imagine alors, c’est encore le fantôme de Bourguiba qui réapparaît sous les traits de Béji Caïd Essebsi et d’aucuns n’hésitent alors pas à crier au plagiat et à l’imitation exagérée. Pourtant, à y voir de plus près, on peut relever les indices d’un changement dans la façon de faire, qui sont assurément les effets d’une évolution du sens de la citoyenneté et d’un progrès du pays à plusieurs niveaux.

D’abord, à ma connaissance, Bourguiba intervenait auprès de l’animateur ou du journaliste à l’antenne pour prodiguer ses conseils, pour rectifier le tir, jusqu’à la façon même de communiquer. C’est la logique de la classe qui continue et quand on a eu l’occasion, comme moi, d’avoir Bourguiba comme enseignant, en classe, ne serait-ce qu’un quart d’heure, on peut apprécier l’ampleur de l’intérêt pédagogique que Bourguiba mettait au centre de sa communication, jusque dans ses discours les plus courants.

L’art de la rhétorique pour persuader en impressionnant, aussi bien par secousse que par la séduction ! La conversation n’en étant qu’un subtil moyen ! C’est cela Bourguiba et cela n’était pas fondamentalement démocratique ; il lui suffisait que cela fût pédagogique.

Il en est autrement pour Béji Caïd Essebsi, malgré la ressemblance formelle, étant entendu qu’il s’agit ici du BCE de l’après 14 janvier 2011. De toute évidence, il y a chez ce dernier, depuis ses premiers entretiens de la « post-révolution », une application toujours améliorée au contexte général, surtout aux médias. Cela laissait présager de ses rebondissements politiques, à l’œuvre déjà depuis janvier 2014. C’était alors la télévision qui portait le mieux, à la fois l’image et le discours, d’abord la télévision nationale, sur sa demande, pour une série de témoignages avec les figures « du passé ». C’était ensuite la télévision privée, Nessma surtout. Avec certains espaces accordés à la presse écrite de façon étudiée. Très peu à la presse électronique, directement.

Mais, en tant que président de la République, BCE a dû sans doute repenser son interview accordée à chaud à Moez Ben Gharbia et songer à réorganiser son équipe média et sa stratégie de communication. Moez Sinaoui y est sûrement pour quelque chose. N’empêche que le Président a sa vision des choses et sait que la radio ne perd jamais son impact. Cependant, malgré l’audimat incontestable des radios privées les plus affirmées (curieusement celles autorisées avant 2011), BCE sait que la radio nationale reste une référence et une valeur. Ainsi, en choisissant d’intervenir, directement et à sa propre initiative, dans une de ses émissions d’information et d’analyse sociales, il cherche à réhabiliter cet organe national dans son statut premier et dans sa mission fondamentale, tout en s’adaptant, lui-même, à son contexte nouveau, peut-être aussi à ce qui semble s’esquisser comme une nouvelle ligne éditoriale, plutôt que de s’y immiscer de façon imposante, à la façon de Bourguiba.

Pour revenir aux commentaires divergents de ce fait qui peut rester anecdotique, comme ses précédents, il importerait de n’en tirer ni trop de discrédit ni trop de flatterie, d’un côté comme de l’autre. Tout est dans l’air du temps et dans la façon, pour chacun, d’essayer d’être lui-même sans pour autant renoncer indolemment à ses principaux repères historiques.

N’est-ce pas le mouvement même de la vie ? Heureux qui peut assez tôt le comprendre et en tirer profit.

Lu sur tunivisions.net


Un commentaire

  1. Merci pour ton sérieux et tes articles pertinants

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