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Chronique : La cravate de Ghannouchi une langue tirée à la face de l’attente


La dernière apparition du président d’Ennahdha à la télévision semble avoir cherché à faire le buzz de (par) la cravate de Ghannouchi. Pourtant, ce dernier avait bien porté la cravate auparavant, de son propre aveu, et pas seulement dernièrement à l’ambassade du Maroc en Tunisie.

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Il faut cependant reconnaître que, pour la télévision, ce n’est plus la même cravate, en tout cas pas la même perception de la cravate, parce que nous n’avons plus affaire à la même personne ni au même contexte. L’ancien militant du mouvement islamiste est désormais l’une des personnes les plus influentes dans la machine du pouvoir en Tunisie, à tel point qu’on l’a pris parfois pour celui qui faisait la pluie et le beau temps des gens, du pays et des situations. Il lui a fallu entretemps se couler dans le moule de la politique civile, en composant, autant que faire se pouvait, avec la plateforme religieuse de son mouvement politique, mais sans jamais conclure une séparation effective entre politique et religion.

Aujourd’hui donc, au-delà de ce que des médias peuvent monnayer, en finance ou en influence, certaines déclarations du chef d’Ennahdha (on n’ose plus dire « incontesté ») ont suscité des réactions diverses, en conformité avec les positions différenciées des citoyens à l’égard du parti d’obédience islamiste. Pourtant leur majeure partie sonne du déjà dit : le soutien des siens au gouvernement d’union nationale moyennant plusieurs mises en garde quand même, leur appui à la lutte contre la corruption à condition de faire confiance à la justice et de se conformer à la loi pour toute confiscation, l’approbation des constantes retrouvées de la diplomatie tunisienne à condition que cela contribue à lever l’embargo sur le Qatar, la conscience des risques encourus en raison de la crise économique qui exige beaucoup de travail dans une paix sociale articulée à une limitation des recrutements dans la fonction publique, et la réclamation des élections municipales comme une urgence pour (re)donner aux régions leur part dans la gestion de la chose publique et de leurs intérêts spécifiques. De ce point de vue au moins, la cravate n’aura apporté que sa couleur et sa langue tirée à la face de l’attente curieuse et impatiente.

Néanmoins, l’entretien aura valu par une déclaration qui cache des dessous bien curieux et qui continuera de provoquer les commentaires et les analyses les plus nuancées. C’est quand Ghannouchi a exigé de Youssef Chahed de « s’engager à ne pas se présenter aux élections présidentielles de 2019, comme c’était le cas pour l’ancien chef du gouvernement, Mehdi Jomâa ». Sauf le respect dû au Cheikh de sa tribu, il y a ici bel et bien préjudice porté au caractère civil de l’Etat et à la liberté citoyenne dans l’exercice de ses droits.

En effet, indépendamment de l’opinion que chacun a de Youssef Chahed, du partisan le plus fieffé au opposant le plus radical, le principe de citoyenneté, en conformité avec la constitution signée par le mouvement de Ghannouchi, ne saurait admettre que quiconque se permette d’établir des restrictions aux droits des citoyens. La comparaison avec le cas de Mehdi Jomaa relève de la simple sophistique (en tant que rhétorique privilégiée de la manipulation idéologique et de la mainmise politique), du fait que le renoncement de celui-ci à la candidature était un élément de base de l’accord établi au terme du dialogue national. Youssef Chahed est un président du gouvernement issu d’une opération démocratique normale et régulière, ce qui ne pourrait le priver d’un quelconque droit citoyen ni brimer en lui une quelconque ambition politique.

De fait, c’est là qu’il y a lieu de s’attarder encore plus sur la question. De prime abord, comme cela a été relevé par la plupart des observateurs, il y a bel et bien, à cette occasion, l’affirmation d’un retour en force de Rached Ghannouchi au devant de la scène politique tunisienne, au niveau qui la déterminerait le plus, celui des élections au sommet de la pyramide de l’exécutif. D’aucuns ont vu dans la cravate les prolégomènes d’un look à retravailler pour une éventuelle (ou probable) candidature du président d’Ennahdha qui briguerait cette responsabilité (Il est le seul à y avoir droit dans son parti, de par la décision à ce propos du congrès de 2016). Personnellement, je me permets d’en douter car Ennahdha y perdrait l’essentiel de ce qu’elle a gagné jusqu’à présent. Je continue même de croire que la décision du congrès servait davantage à contenir la convoitise du pouvoir peu raisonné chez certains nahdhaouis qu’à favoriser la candidature du Cheikh, ce dernier continuant de penser sans doute que les siens ne sont pas encore bien lotis pour la présidence de la République ou qu’il est encore prématuré de croire y trouver plus à gagner. Une autre présidence dans le trio exécutif serait alors plus raisonnable et elle se négocierait dans les interstices du torrent des présidentielles.

Pourquoi donc s’attaquer à Youssef Chahed qui est, le jour même, conforté de l’inconditionnel appui d’Ennahdha, en tant que président du gouvernement ? Certains observateurs pensent à une nouvelle combinaison stratégique montée par les deux vieux pour commander le jeu de la prochaine échéance électorale à l’exécutif, sans forcément s’y impliquer officiellement. C’est fort probable car à mon avis, sauf imprévu, Béji Caïd Essebsi aussi ne briguera pas un prochain mandat. Il lui resterait juste à se fixer sur son prochain cheval.

Quant à l’évocation de Mehdi Jomaâ, dans la comparaison avec Youssef Chahed, elle rappellerait ce qui a toujours été dit à son propos qu’il était la roue de secours d’Ennahdha, au cas où elle aurait besoin d’une combinaison à la Marzouki dans la troïka « déchue ». D’aucuns pensent déjà que l’entrée du président de « l’Alternative » (Al-Badil) — Tout jeu de mots est à éviter — dans le projet d’un « front du salut », qui préparerait une conférence de presse pour le 17 août courant, s’inscrirait dans une stratégie d’adoucissement du Machrou de Mohsen Marzouk à l’égard du parti de Ghannouchi et, autant que possible, creuser la distance supposée entre lui et Youssef Chahed.

En définitive, reconnaissons au dernier entretien du président d’Ennahdha le mérite de relancer le débat politique en rapport aux prochaines échéances électorales. Reste à ne pas perdre de vue que cela se ferait au détriment d’une mobilisation pour des enjeux plus importants, vitaux même, ceux du développement. Sauf s’il y a des concitoyens, des politiques en plus, qui trouvent leur intérêt dans le blocage du développement afin de faire obstacle à Youssef Chahed et son gouvernement !

Mansour M’henni

 (Publié sur tunivisions.net)


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