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Chronique : Il y aurait bien péril en la demeure… Mais…


Par Mansour M’henni

Ceux qui me lisent savent que je suis souvent du côté de l’espoir, un optimiste, dirait-on, qui même dans les moments les plus durs, les plus graves, apparemment sans issue, continue de croire en une issue possible. Autant dire que, même au sommet du désespoir, je crois devoir avoir le « désespoir lucide », dans l’idée qu’on en aurait par la fréquentation des textes d’Albert Camus.

Cependant, aujourd’hui, dans cette patrie malmenée de tous côtés, par les siens et par les autres, on ne peut pas éviter d’être pris par une sorte de défaitisme noir qui couvrirait le fort intérieur de nombreux citoyens ainsi que leur environnement de plus en plus étouffant. Heureux que je n’aie pas atteint l’état de ras-le-bol qui fait dire à certains qu’ils « n’aiment plus ce pays », qu’ils « regrettent d’y être nés » et qu’ils « seraient heureux de pouvoir le déserter pour aller vivre ailleurs » ! De ce point de vue, la plupart des Tunisiens seraient des « Harraqa » potentiels sous une forme ou une autre de cette lamentation essoufflée qui fait dire à Baudelaire : « Anywhere out of the world » (N’importe où hors du monde) :

« Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.

Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme. »

Nous sommes là face à un état d’exaspération psychique, en rapport à des interrogations existentielles (le spleen !), dans lequel la conscience citoyenne évite souvent de tomber et encore moins de sombrer. Malheureusement, plusieurs indicateurs semblent conduire à la conclusion que la conscience citoyenne des Tunisiens commence elle-même à se sentir vaincue par les aléas par trop suspects des acteurs politiques. En effet, dans un pays où l’on ne sait plus où donner de la tête, on se sent traître et trahi à chaque pas que l’on franchit.

Le Tunisien vote pour ceux qui « craignent Dieu » et découvre qu’en politique, Dieu est un prétexte pour mieux s’emparer du pouvoir et l’accaparer le plus longtemps possible. Il sert même d’instrument de violence et de crime alors qu’il n’est qu’amour et bonté ! D’autres part, le Tunisien vote pour les modernistes et les réformistes, ces chantres de l’Etat civil, et il les retrouve dans la même sauce que les premiers, tissant ensemble les stratégies les plus machiavéliques, tous ensemble « pour mieux s’emparer du pouvoir et l’accaparer le plus longtemps possible ».

Se tournant du côté de l’opposition, toutes couleurs confondues, le Tunisien n’y trouve que les mêmes combines pour mieux se maintenir dans un autre pouvoir non moins pernicieux que celui des deux premières catégories, en l’occurrence « le pouvoir d’opposition » qui donne du plaisir à vivre et à agir, à jouir surtout du statut d’éternel opposant. Ce qui, d’ailleurs, n’empêche pas parfois cette opposition de croiser les démarches de ceux qui gouvernent, dans un intérêt partagé et une convergence des stratégies pour des objectifs apparemment divergents, mais autrement convergents.

Entre les coups de pieds, les coups de coudes et surtout les coups de têtes de ces professionnels déclarés du pouvoir politique, les organisations nationales et les autres composantes de la société civile, dont une part du tissu associatif, sont tentées par le jeu et ses combats et cherchent à s’y positionner de la façon la plus influente au nom de ses revendications sectorielles et d’une primauté auto-attribuée en matière de patriotisme. Dès lors, toutes les cartes sont perturbées et c’est tout le champ politique qui ne sait plus où donner de la tête, livrant le pays sur la pente de toutes les déchéances, incapable de bouger le petit doigt pour lui éviter la catastrophe !

C’est là que d’autres acteurs plus déterminants se mettent à tirer les ficelles, certains médias aidant. Il s’agit des maîtres de la corruption, de toutes sortes : depuis les marchés parallèles présentés comme une solution aux problèmes sociaux du chômage jusqu’au marché meurtrier de l’émigration clandestine, dont le recrutement des terroristes et des daéchistes. L’argent aidant, l’argent sale parce que blanchi, ils finissent en vrais et seuls tireurs des ficelles qui commandent les marionnettes du champ politique le plus large, y compris les médias et la société civile.

Au final, le pauvre citoyen tunisien, Monsieur lambda, est de plus en plus dégoûté par la politique et les politiciens, en arrivant à maudire tout et tout le monde. Il croyait avoir fait une révolution pour améliorer ses conditions et débarrasser le pays d’une mafia de plus en plus oppressante autour du pouvoir central ; il se découvre dans des conditions plus lamentables et sous l’hégémonie d’une mafia généralisée, aux racines et aux tentacules ancrées à l’intérieur et à l’extérieur, et prenant le pays et la sécurité de ses citoyens en otage.

Une seule conclusion est alors possible : il y a vraiment péril en la demeure. Tous les dangers nous guettent et tous les débordements sont envisageables. N’empêche, contre tout défaitisme, je dis encore qu’il ne faut pas désespérer de la patrie et que, si un quelconque mal y survient, c’est nous qui en sommes responsables. Cherchons plutôt à mieux nous situer, rationnellement, et à agir plus efficacement, dans le sens des valeurs supérieures dont nous prétendons nous reconnaître et que nous revendiquons avec passion.


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