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Chronique : Des nouvelles orientations de nos médias


Par Mansour M’henni

Il n’y a pas longtemps on disait que le plus grand acquis du changement de 2011 était la liberté d’expression et le nouvel épanouissement du secteur médiatique. Aujourd’hui, on entend souvent, dans certains médias et ailleurs, des opinions nuancées à ce propos, voire même des avis sceptiques et dépités considérant que ce secteur est en dérapage caractérisé et forcément préjudiciable à la transition démocratique espérée, dangereux même pour l’avenir de notre société.

Ce qu’il importe de souligner d’emblée, c’est que pour rien au monde il ne faudrait accepter de troquer la liberté d’opinion, de presse et de pensée. J’ose dire aussi, d’expérience au moins, que ce sont ceux qui ont exercé dans le secteur, du temps de l’oppression médiatique, et qui ont subi les contraintes de l’époque, aussi bien d’un côté comme de l’autre du pouvoir, ce sont ceux-là qui sont peut-être parmi les plus sensibles à l’importance de l’acquis de son émancipation, mais aussi les plus prévenants quant au risque de ratage de cette chance par le gaspillage de cette opportunité en exploitant négativement son potentiel socioculturel et sa capacité à accompagner la pédagogie de vivification de la conscience citoyenne.

Il faut reconnaître qu’au début de cette émancipation du secteur, celui-ci a connu la même confusion, voire même une certaine anarchie, ayant conduit au mélange des cartes et au brouillage des critères de responsabilisation, un peu à la manière de ce qui se passait dans le pays pour plusieurs autres secteurs. Dès lors, on a eu droit à tout et souvent à du n’importe quoi, par manque d’évaluation objective des acteurs des médias et de leurs produits. Force est de reconnaître cependant qu’on a eu aussi la satisfaction de constater que certaines entreprises gardaient l’esprit serein et la gestion raisonnée, de découvrir aussi de nouvelles compétences qui promettaient (et promettent encore, si elles redressent la barre) des performances géniales pour l’avenir du secteur et du pays.

Au niveau des personnes, on en a vu et on en voit encore qui, à différents niveaux, se laissent mouvoir et commander, dans leurs choix et leurs décisions, par le spectre du passé, le leur ou celui des autres, faisant ainsi du secteur des médias un espace de change (politique ou autre), de revanche, et même de vengeance. Ces attitudes sont de l’ordre d’une médiocrité qui ne pouvait durer et qui, heureusement, fait long feu et ne fera pas de vieux os.

On a vu aussi des porteurs de torches ou de micros se transformer trop rapidement en journalistes passe-partout, sans la formation et l’expérience acquises pour certains produits médiatiques. On en a vu d’autres, dans la gestion entrepreneuriale comme dans la production journalistique, sacrifier certaines valeurs facilement troquées contre des appâts et des appas venant de toutes parts.

Est-ce à dire qu’il faille interdire la promotion professionnelle et l’engagement politique aux acteurs des médias ? Loin de là ! Il faut juste donner à la formation continue l’efficience nécessaire et la transparence requise pour que toute promotion s’inscrive dans l’éthique et la pratique cherchant à assainir le corps social et le vivre-ensemble sur la base du respect des droits et des obligations de chacun. On parle de vertigineuses sommes d’argent versées à la Tunisie sous le libellé de la promotion et du développement des médias ; mais on n’est pas certain de la bonne exploitation de ces fonds pour leur objet spécifié et de la façon la plus efficiente. Et pour ce qui est de l’engagement du journaliste, il serait inhumain et erroné de chercher à l’interdire ; il faut juste faire autant que possible la part de l’information, qui est du droit de tous les citoyens, et la part de l’opinion qui, dans un organe médiatique doit se définir clairement par rapport à la ligne éditoriale de cet organe, elle aussi étant nécessairement annoncée, rappelée et respectée de façon permanente.

Il est vrai que le marché de la publicité n’est pas à la mesure du nombre et des chiffres d’affaires des entreprises médiatiques ayant proliféré depuis 2011 de façon vertigineuse et, peut-être, sans une estimation réaliste des moyens ; mais franchement, nous en fallait-il autant, en si peu de temps et en période de difficultés économiques ne cessant d’empirer ? Comment s’étonner alors de voir la plupart des médias soit dans une complicité à peine voilée avec les pouvoirs les plus portés à convoiter le secteur, soit sous leur tutelle effective même si non prononcée : en l’occurrence le pouvoir de l’argent d’abord et tout ce qui y a trait directement ou indirectement en termes d’influences politiques, lobbyistes, sectaires, toutes soupçonnées de connivence avec des forces étrangères ?

Pour tout dire, souvenons-nous que les médias sont pour une large part comme les écoles dans une société et que ce qu’il y a à craindre le plus, c’est qu’on se réveille un jour sur le constat que ces écoles sont une autre configuration de la dite « Ecole du Régab », emportant les citoyens du futur vers les rivages de toutes les aliénations, de droite comme de gauche, en leur ôtant l’inestimable maîtrise du libre-arbitre et de l’introspection interrogative qui aident à avancer.


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