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Chronique : Chokri Belaïd, sens et valeurs d’une commémoration


Par Mansour M’henni

Comme tous les ans depuis un certain 6 février 2013, la commémoration de cette date est devenue l’occasion d’une escale pour la plupart des Tunisiens, une halte pour raisonner des effets et des causes, les uns à la recherche de la vérité, les autres à la recherche d’une autre opportunité pour consolider un pouvoir ou pour en avoir.

Chokri Belaïd, la personne, est homme et rien d’humain ne lui était étranger. Certains lui étaient très attachés, jusqu’à l’admiration passionnée ; d’autres lui étaient opposés, voire hostiles, jusqu’au crime caractérisé. Et le crime a eu lieu, transformant la personne en un personnage symbolique, portant l’étendard de valeurs manquantes dont on ne sait plus distinguer celles perdues de celles recherchées, comme un point d’eau dans le désert.

N’empêche que ce qui paraît le plus, à chaque commémoration de ce « premier crime politique » de la Tunisie indépendante, c’est justement le sens qu’il donne aux gestes et aux discours de nombreux acteurs politiques, dans le grand cirque qui commande leurs intentions afin de mieux les dévoiler.

Pour l’essentiel et au vu de ce qui se dit et qui s’entend, tout semble converger vers une implication franche d’Ennahdha dans la responsabilité de l’assassinat de Chokri Belaïd, de façon directe ou indirecte ! En tout cas la plupart des Tunisiens ont intériorisé cette accusation si bien que tout argument pour la réfutation de cette accusation est désormais perçu comme un acte hypocrite ou comme une démagogie ridicule. Ce qui contribue à cet état des choses, c’est que les islamistes sont les seuls à rester dans le pouvoir depuis la mort du leader frontiste, la parenthèse de Mehdi Jomaa mise à part. Pire encore, la justice est accusée de manquer à son devoir par manque d’autonomie, quand on ne lui reproche pas carrément des actes qui relèveraient de la dissimulation de preuves et autres défaillances procédurales.

Il est certes du droit, voire du devoir, de la justice de se défendre de cela, mais pour ce faire, les discours sont de plus en plus inefficaces et finiraient même par produire l’effet contraire. En effet, la vérité seule pourra redresser la situation et redonner à l’Etat ce qui est à l’Etat, son autorité, tant de foi brandie comme une condition essentielle de la transition démocratique et de la reprise du développement.

Pourtant, c’est le président Béji Caïd Essebsi et derrière ou devant lui les deux autres présidences, celles de l’ARP et du Gouvernement, qui sont le plus souvent sur la sellette ! Cela se justifie jusqu’à un certain point, de par la promesse électorale non tenue, celle de dévoiler tous les secrets de l’affaire des assassinats politiques, surtout le premier d’entre eux, celui de Chokri Belaïd. Cependant, ne devrait-on pas mettre à nu la responsabilité des autres acteurs politiques, au pouvoir ou dans l’opposition, dans cet état d’effritement ou d’évanescence caractérisés de l’autorité de l’Etat et de son principal label, la justice ? Je dirais la responsabilité du peuple aussi !

De fait, une écrasante majorité semble craindre Ennahdha et son double discours, mais qu’est-ce qui est fait de rationnel et de stratégique pour en réduire la dimension politique ? Pendant que tous les politiques se disputent de petites visibilités sans impact et que les citoyens, en nombre important, se détournent de la politique et surtout des élections, Ennahdha est au meilleur de sa forme et de sa stratégie, allant vers une majorité assurée et rassurante dans les prochaines échéances électorales.

Quant aux forces (!) dites démocratiques, elles n’ont plus de démocratiques que les mots dont le discours d’Ennahdha s’est d’ailleurs emparé pour mieux s’en servir en tant que rhétorique de manipulation, ce sport favori des pseudo-démocrates.

Ironie du sort, les premiers qui sont pris au piège de ce mécanisme ahurissant, sont les « amis » de Chokri Belaïd, sa famille politique, depuis deux ans déjà en rupture avec sa famille légale. Le commun des gens les trouve trop dogmatiques, peu réalistes, davantage versés dans les discours idéologiques que dans la pratique politique de la gestion fonctionnelle, autrement dit le pragmatisme politique. D’aucuns vont jusqu’à leur faire porter la responsabilité de l’alliance de Nidaa avec Ennahdha, ce supposé « mariage contre nature », rappelant alors que le président élu s’était bien adressé au Front d’abord pour une coalition gouvernementale, et que le front avait effrontément refusé.

Finalement, le présent propos ne cherche ni à accuser ni à exclure : tout au plus, à l’occasion de cette commémoration importante, invite-t-il à se poser les bonnes questions et à réfléchir aux bonnes solutions, celles-ci ne pouvant être que les plus consensuelles.


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