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Chronique : Berger décapité, Paris assombri et révision des partis-pris


Par Mansour Mhenni

Je ne sais si les mots sont à même de traduire l’immensité de l’horreur et toute sa noirceur soudain abattue sur la Ville des Lumières, Paris, ni à rendre compte de l’énorme absurdité et tout son obscurantisme subitement tombé sur un simple berger de dix-sept ans dans une campagne de Tunisie. Entre les deux événements et leurs dimensions respectives apparemment d’ampleur inégale, il y a un droit fil qui les relie, dans une cohérence globale que nous manquons parfois, soit par strabisme idéologique, soit par une perception réductrice des choses.

Voilà bien une nuit blanche et une grande part du jour passées à consommer toutes sortes de commentaires et la masse d’informations qui les provoque. Un chassé-croisé d’accusations entre le Nord et le Sud, l’Occident et l’Orient, un civisme attesté de quelque part et une sauvagerie inhumaine ailleurs, une rationalité généralisée chez une gent respectueuse et une folle fantasmagorie chez une population aventureuse. Le pire dans tout cela, c’est que parfois, souvent même, les prétendues intelligences, d’un côté comme de l’autre, s’y engagent en se détournant de la sérénité conversationnelle qui devrait les caractériser pour s’accompagner les uns les autres sur la voie de la vérité toujours révisable, et surtout sur le chemin d’un possible d’humanité digne de la valeur d’humanité. Idéalisme ? Pourquoi pas, s’il est un idéalisme à la dimension de l’espèce humaine !

Ce qui console cependant, au contact de ces commentaires, c’est la conscience presque unanime du devoir de mobilisation générale contre le terrorisme. Toutefois cette conscience doit être sincère et dans la cohérence de toutes les stratégies, à tous les niveaux d’intervention. Autrement dit, une conscience pratique qui agit d’abord au niveau de l’individu, par un esprit critique favorisant l’auto-interrogation permanente et la relativisation des partis-pris. C’est cette même logique et ce même esprit interrogatif et conversationnel qui doivent régner dans les microstructures des familles, des associations, des regroupements, de toutes les entités, jusqu’à la conscience du concept de monde.

Une fois qu’on se place dans cette perception des choses, on se rend compte que l’illogique (certainement perçue par d’autres comme une autre logique) qui agresse aujourd’hui le concept d’humanité et le rabaisse n’est pas exclusivement religieuse, même si elle prétend le contraire, même si certains soutiennent le contraire ; elle est politique d’abord, toute politique, et d’une politique internationale camouflant souvent ses visées et ses intérêts sous la banderole des droits de l’homme dont l’exploitation est plus facile et l’impact assez porteur.

Aucune personne sensée ne peut être contre les droits de l’homme, encore faut-il en faire un bon usage et surtout fixer une ligne rouge à leur usage : celle d’attenter à la vie humaine. Comment se mobiliser en faveur des droits de l’homme pour les inconditionnels de la mort et de la façon la plus humiliante pour la valeur et la conscience d’humanité ? Cette question doit être actualisée dans l’intelligence de certains dirigeants dans certains pays ; elle doit être à l’ordre du jour de leurs débats pour la révision de leurs stratégies de lutte contre le terrorisme. On ne peut pas nourrir et choyer une bête susceptible à tout moment de se retourner contre son bienfaiteur pour lui causer le pire préjudice.

La lutte contre le terrorisme doit donc partir d’un consensus conceptuel et d’une plateforme civilisationnelle et culturelle, un système de valeurs entendues qui déterminent les moyens et les stratégies d’action. Même en cas de litiges profonds entre états ou entre communautés, il faudrait se garder de gérer ces conflits par le développement des énergies sauvages et obscurantistes qui, à la moindre occasion, retourneront leurs armes contre Averroès-Ibn Rochd et les Lumières. De ce point de vue, il y aurait peut-être à gloser longuement sur la symbolique des noms des lieux attaqués. Mais, de fait, on n’aura pas fait un pas conséquent dans la lutte antiterroriste tant qu’on restera dans le débat sur la responsabilité, assurée ou niée, de l’Islam en tant que religion, dans la dynamique terroriste. Commençons par résoudre ce qui est purement politique, tout en songeant à implanter une vraie culture du vivre-ensemble dans les différences respectives, dans un modèle de société qui conçoit la démocratie comme un produit de l’esprit conversationnel.

Cette conscience ne devrait en rien affecter, bien au contraire, notre solidarité inconditionnelle avec toutes les victimes du terrorisme et les leurs, quels que soient leur ethnie, leur religion, leur parti, leur nation, etc. Elle devrait plutôt nous mobiliser pour faire ce qu’il faut, sans tarder.

(Article publié sur tunivisions.net)


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