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Chronique : Al-Moubadara et la question des destouriens. Par Mansour M’henni


Mansour M’henni portrait+

Le premier congrès d’Al-Moubadara a finalement eu lieu, sans surprise, comme il en est dans tous les partis, ou presque, qui réussissent à tenir un congrès. Si quand même, puisqu’on parle d’un congrès constitutif et d’un nouveau nom « L’initiative destourienne et démocratique » ! A huit ans d’âge donc, le parti semble vouloir se stabiliser et engager son petit bonhomme de chemin avec une direction consensuelle et sur la base d’un référentiel défini et d’objectifs précis.

Mais au-delà de cette structure politique, il y a un problème plus cuisant impliquant une frange non négligeable du paysage politique tunisien et ne laissant pas le reste des citoyens dans une totale indifférence puisque rapport il y a avec des indices et des amers importants de l’histoire de la Tunisie contemporaine. Ce problème est celui de la destourianité qui tend à devenir un leitmotiv de certains discours politiques et médiatiques et qui, en marge du congrès d’Al-Moubadara justement, a repris sa dimension polémique concrétisée par une opposition ferme entre deux grands clans se reconnaissant de l’ancien Destour, celui d’Al-Moubadara (en attendant la publication officielle du nouveau nom – Pidd) et celui du Parti Destourien Libre (PDL). La présidente de ce parti, Abir Moussi, a pourtant été invitée à la séance d’ouverture du congrès, mais elle a décliné l’invitation et accusé ce parti de « déviance par rapport aux fondamentaux de la destourianité, en coalisant avec les islamistes pour les laver des soupçons attestés qui pèsent sur eux ».

Sur les plateaux médiatiques, Mohamed Ghariani s’est attardé sur cette divergence pour souligner le clivage essentiel entre les deux partis, ces deux frères ennemis. Il est vrai que le conflit s’est surtout cristallisé autour d’un conflit quasiment personnel entre l’ancien secrétaire général du RCD et son adjointe. Cependant, au-delà de cette dimension plutôt anecdotique, il y aurait, selon certains spécialistes, un clivage idéologique de base dont le facteur déterminant est encore Ennahdha, comme dans toutes les questions conflictuelles dans la politique de la Tunisie contemporaine. On parlerait même d’un conflit d’ordre civilisationnel ayant trait au modèle de société que l’on voudrait pour la Tunisie d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Soit une Tunisie musulmane et de nature absolument civile, un peu dans le sens de la déclaration d’A. Moussi : « L‘ Islam ne s’oppose pas à la démocratie, mais l’existence de partis politiques islamistes est nuisible au pays ». Soit une Tunisie « islamisable » à plus ou moins longue échéance, grâce à un assouplissement de conjoncture de la rigueur islamiste (la démarche attribuée, récemment encore, à Abdelfettah Mourou, en rappel de sa rencontre avec ajdi Ghnim) et à une naturalisation des rapports de certains partis dits démocrates avec les partis islamistes. C’est cette idée même que d’aucuns auraient compris des propos, dans les médias, de M. Ghariani qu’on avait accusé de défendre le Mouvement Ennahdha mieux qu’il ne le ferait lui-même ! Ajoutant que son parti lui-même, dans son nouveau look, a bien récupéré les anciens Rcdistes soupçonnés de proximité à peine voilée avec le mouvement islamiste. Ils en arrivent alors à la résurrection du fameux conflit entre Thaalbi et Bourguiba : la destourianité profondément islamisée, à grande proximité de l’islamisme et la destourianité « renouvelée » (Alias Nouveau-Destour), moderniste et profondément civile sans se détourner de son islamité civilisationnelle.

De quelque poids  que soit l’une et l’autre versions de la destourianité, elles omettraient des données tout aussi importantes et peut-être plus déterminantes dans le rapport des forces politiques en présence. En effet, une partie des anciens destouriens est à présent totalement intégrée dans le parti d’Ennahdha. Par ailleurs Nidaa Tounès, Tahya Tounès, Al-Machrou, Al Badil ettounsi et d’autres encore se revendiquent bel et bien d’une certaine destourianité, voire même franchement du bourguibisme. Mais eux au moins ne se font pas la guerre avec deux armes aiguisées : une lance nommée « destour » et une épée nommée « démocratie » ou « liberté ».

C’est à se demander enfin s’il est encore légitime de prétendre à une destourianité exclusive et s’il n’est pas plus raisonnable de mettre en avant la Tunisie, en s’inspirant de la pensée réformiste dont s’est nourri le mouvement destourien, un siècle durant.

 (Publié aussi sur jawharafm.net)


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