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الشهاوي

Chronique : Ahmed Shahawy toujours en attaque contre le crime au nom de la religion


Par Mansour M’henni

Quelque chose d’essentiel, de profond et d’intriguant nous lie, d’une façon ou d’une autre, à la poésie d’Ahmed Shahawy en particulier, mais aussi à tous ses écrits et même à ses propos dans les conversations publiques ou privées. Cela vient du fait, me semble-t-il, que cet écrivain est d’abord porteur d’une pensée et d’une vision du monde et de la société, qui s’inscrivent à contre-courant des idéologies de la violence, de la scission et de la mort.

Le propre des textes d’A. Shahawy, c’est qu’à partir de l’inquiétude ontologique de leur auteur et de sa propre interrogation sur la vérité, ils nous donnent à réfléchir sur ce qui est bel et bien son engagement sans ambages pour la vie, dont la mort ne serait qu’une composante logique, et pour l’homme, dont la société n’est que la configuration collective où les impulsions, les motivations et les ambitions trouvent leurs expressions plurielles et variées, sans toucher aux fondamentaux de son humanité.

La renommée de ce poète égyptien est à présent internationale, au vu du nombre de traductions de ses livres dans plusieurs langues et de l’écoulement de ses publications. A titre d’exemple, à l’occasion de son invitation à participer dernièrement au Quatrième Congrès des Editeurs Arabes à Tunis, on a pu avoir en main la seconde édition (en 2017) de deux livres sortis en 2016, en l’occurrence, « 600 voies pour le ‘Ishq » (666 Tariq ilal Ishq) et « Les Substituts de Dieu » (Nouab Allah). Pour cet écrivain (car il n’est pas seulement poète, il est aussi penseur et rédacteur en chef du journal Al-Ahram), il n’y aurait qu’une voie, elle-même plurielle dans sa singularité, pour le cheminement de la voix de vie, avec ses heurts et ses bonheurs, et c’est la voie de l’amour, dans toutes ses expressions.

En effet, l’amour est pour lui ce mot extraordinaire qui, dans la langue arabe, est le plus bref (n’étant composé que de deux lettres) et pourtant le plus grand et le plus étendu de par le potentiel de sens qu’il génère pour commander l’existence des individus, des sociétés, de la nature même et de l’univers. C’est en cela que l’amour retrouve sa source prénatale et son humus congénital dans sa dimension mystique, Al ‘Ishq, l’adoration, la passion… Mais c’est aussi un amour qui n’exclut aucune des formes de sa manifestation : physique, mentale et affective. Le corps, le cœur et l’esprit !

Sans doute Shahawy rejoint-il ici (après les Ibn Arabi, Bistami, Hallaj, etc.) le Marocain Khatibi et son concept de l’aimance ; ce qui expliquerait également les croisements de leurs écrits au niveau des formes brachylogiques, notamment l’aphorisme. D’aucuns poseraient sans doute la question à propos du recueil « 600 voies pour le ‘Ishq » (lui-même dans la continuité des autres recueils, surtout Ana Man Ahoua dont il constituerait le second volume) : Poésies ou aphorismes ? Les deux à la fois, car qui oserait établir une frontière étanche entre les deux genres, pour autant qu’il soit possible d’en parler comme deux genres distincts et autonomes !

Dans ce même état d’esprit, me paraîtrait peu défendable une quelconque séparation, au nom des genres littéraires, entre le recueil des 600 voies et le livre Nouab Allah, par ailleurs, lui-même un recueil de chroniques, sans doute journalistiques, sur une question aujourd’hui au centre du débat sociétal en milieu musulman : celle de la violence intégriste, résumée dans l’appellation « Daech ». Cependant, quand on sait que Les Petits poèmes en prose de Baudelaire étaient d’abord des chroniques dans les journaux français du 19° siècle, on est en droit de reconnaître la fragilité des frontières entre des chroniques et des poèmes.

Quant à la question de la violence intégriste, elle ne serait alors pas sans lien à la violence dont a souffert historiquement le soufisme, et Shahawy n’hésite pas à creuser plus profondément et plus douloureusement l’Histoire pour rappeler que celle des Musulmans, qui n’est pas l’Histoire de l’Islam et qui n’en a pas toujours saisi l’essence, a été toute de violence et de crimes internes. C’est pourquoi, dans ce livre en particulier mais sans doute dans toute son œuvre, Ahmed Shahawy appelle à une mobilisation large et urgente pour l’amour comme fondement essentiel de la société et comme attitude partagée d’attachement à la vie contre la mort.

Rien qu’en cela, A. Shahawy est à considérer comme un poète-penseur ou un penseur-poète plaidant pour un nouvel humanisme musulman naissant de l’articulation de la pensée islamique à l’amour comme valeur inaliénable donnant sens à l’existence humaine.

 

 


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